Trump signale un examen minutieux des liens de Google avec la Chine suite aux commentaires de Thiel,
Selon lesquels la firme travaille avec le pays

Le , par Stan Adkens

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Google et d’autres géants de la technologie ont fait l’objet d’une surveillance accrue ces derniers mois sur des questions de vie privée, sécurité et pratiques concurrentielles. La firme devrait être aux prises avec un nouvel examen minutieux à propos de ses potentiels liens avec le gouvernement chinois. Dimanche dernier, Peter Thiel, membre du conseil d'administration de Facebook et partisan de Trump, a fait des commentaires explosifs au sujet de Google à la National Conservatism Conference à Washington, déclenchant une vague de scepticisme et attirant l'attention du président, a rapporté le Wall Street Journal.

Dans ses commentaires, M. Thiel a demandé au FBI et à la CIA d'enquêter sur l'unité Google d'Alphabet Inc. qui, selon lui, travaille avec le gouvernement chinois plutôt que l'armée américaine. Le milliardaire voudrait également que le gouvernement vérifie si des espions étrangers, en particulier chinois, ont infiltré les recherches en intelligence artificielle de Google. Suite à ces affirmations, le président Trump a déclaré dans un tweet que le gouvernement des États-Unis examinerait les préoccupations en matière de sécurité nationale soulevées par Peter Thiel concernant les liens de Google avec la Chine.


Le président Trump a dit dans son tweet posté mardi : « Le milliardaire investisseur dans la technologie Peter Thiel estime que Google devrait faire l'objet d'une enquête pour trahison ». Il a ajouté : « Un type génial et brillant qui connaît ce sujet mieux que quiconque ! L'Administration Trump y jettera un coup d'oeil ! »

Cependant, Google a dit à plusieurs reprises qu'il ne travaille plus avec l'armée chinoise. Mais Peter Thiel a jeté un doute dans les esprits le dimanche dernier. M. Thiel est un capital-risqueur influent et cofondateur de PayPal Holdings Inc. qui s'est longtemps distingué dans la Silicon Valley comme son conservateur le plus en vue, d’après le Wall Street Journal. C’est également un proche du Président Trump pour avoir soutenu sa campagne présidentielle et pour avoir été un conseiller au sein de son équipe de transition à la Maison-Blanche.

Après ses commentaires explosifs du dimanche, M. Thiel a ensuite accordé lundi une interview à Tucker Carlson de Fox News Channel. A cette occasion, sans fournir la moindre preuve de ses affirmations, M. Thiel a dit que des agents de renseignements chinois ont probablement infiltré Google, qui travaille sur un projet de renseignement artificiel en chine. « Si vous dites que vous construisez un projet de Manhattan pour l'intelligence artificielle, ne pensez-vous pas que cela attirerait l'intérêt des agents de renseignements étrangers ? », a déclaré M. Thiel, évoquant le projet de l'époque de la Seconde Guerre mondiale qui a conduit à la mise au point des premières bombes atomiques au monde, a rapporté le Wall Street Journal.

Cette intervention inattendue de M. Thiel a surpris plus d’un, y compris deux de ses associés, car l’investisseur fortuné n’avait pas pour habitude de critiqué Google publiquement ou en privé, d’après le journal. Selon ses associés qui lui ont parlé récemment, ils ne se souvenaient pas que M. Thiel leur avait mentionné les liens possibles entre Google et la Chine. Dans un communiqué, le géant de la recherche a rejeté encore une fois l’accusation selon laquelle il aurait des liens avec le gouvernement chinois. « Comme nous l'avons déjà dit, nous ne travaillons pas avec l'armée chinoise », a-t-il déclaré.

Ci-dessous, le tweet du président Trump:


En 2010, Suites aux cybers-attaques contre ses serveurs de Google, les tentions diplomatiques et les discussions sur la censure des résultats de recherches avec le gouvernement communiste qui en ont découlé, le géant de la Silicon Valley a décidé de quitter le marché chinois des moteurs de recherche en guise de protestation contre ces efforts de censure du gouvernement chinois.

Mais en août dernier, The Intercept a relayé une fuite d’information selon laquelle Google a mis au point un prototype de moteur de recherche censuré pour la Chine. Baptisé Dragonfly, ce navigateur permettait, entre autres, de relier les recherches des utilisateurs à leurs numéros de téléphone personnels, facilitant ainsi la surveillance par le gouvernement chinois des requêtes des internautes. Le moteur de recherche supprimerait également les contenus jugés sensibles par le régime du Parti communiste chinois tels que les informations sur les dissidents politiques, la liberté d’expression, la démocratie, les droits de l’homme et même sur les manifestations pacifiques, selon le quotidien d'investigation.

Suite à cette fuite d’information, les principaux groupes de défense des droits de l’homme et les employés de Google, à travers diverses formes de protestations, sont montés au créneau pour dénoncer le projet. Face à toute cette pression, Google aurait fini par "avorter" son projet, selon The Intercept, après avoir déclaré le 11 décembre à un panel du Congrès américain qu’il n'avait pas l'intention de relancer un moteur de recherche en Chine, pour le moment.

Mais Google reste sur le marché de l’intelligence artificielle chinois. Il a ouvert, à Pékin en 2017, un laboratoire d'intelligence artificielle, une initiative visant à attirer les talents technologiques du pays, a rapporté le Wall Street Journal. C’est à ce projet que fait référence M. Thiel dans ses déclarations.


Lors d'une audition au Sénat mardi, après la publication du tweet du président Trump, le responsable politique de Google, Karan Bhatia, a déclaré que le projet avait été officiellement abandonné (en parlant des plans de Google pour un moteur de recherche chinois). En réponse à une question lors de l’audition, M. Bhatia a dit : « Oui, nous avons mis fin à cela ».

Le sénateur républicain Josh Hawley a réagi à cette réponse en disant : « Je pense que c'est une nouvelle ». « Je suis ravi de voir que c'est annulé », a-t-il ajouté.

En début juin, Reuters a rapporté que le gouvernement américain se préparait à mener une importante enquête antitrust pour savoir si Amazon, Apple, Facebook et Google font un usage abusif de leur énorme pouvoir de marché. Mardi, un panel de la Chambre des représentants a examiné si le comportement de ces entreprises étouffe la concurrence, tandis qu'un panel du Sénat a entendu les commentaires d'un dirigeant de Google et des critiques de l'entreprise sur la question de savoir si le moteur de recherche s'engage dans la censure, d’après le Wall Street Journal.

Il faut noter que Facebook fait l'objet d'un examen minutieux en raison de ses lacunes en matière de protection de la vie privée et de son initiative visant à créer une nouvelle cryptomonnaie. Par ailleurs, selon Reuters, les démocrates au Congrès étudient en ce moment un nouveau projet de loi qui mettrait un terme aux ambitions du géant des réseaux sociaux de se lancer dans les finances à travers sa nouvelle monnaie électronique annoncée récemment. Le nouveau projet de loi, baptisé « ;Keep Big Tech Out of Finance Act ;» (ou règlement pour tenir les géants de la Tech à l’écart de la finance), interdirait explicitement aux grandes entreprises d’Internet de fonctionner comme des institutions bancaires ou d’émettre des monnaies numériques.

Cette pression que subit Facebook pourrait avoir incité M. Thiel, membre du conseil d'administration de la firme, à faire ces allégations contre Google, qui est en concurrence avec Facebook pour des milliards de dollars en revenus publicitaires, même si la rhétorique sur l'infiltration d'espions étrangers dans les entreprises américaines n'est ni nouvelle ni surprenante pour les membres de la communauté du renseignement.

Il est vrai que Google a décidé, l’an dernier, de ne pas renouveler un contrat controversé d’intelligence artificielle avec le DoD qui avait suscité des critiques de la part de certains employés. Google s’est également retiré de la complétion pour l’important projet de plus de 10 milliards de dollars sur le cloud avec le Pentagone, évoquant des conflits avec ses valeurs. La société a également déclaré qu'elle n'autoriserait pas l'utilisation de ses produits d'intelligence artificielle dans les armes militaires.

Mais le Wall Street Journal a rapporté que M. Trump a déclaré, lors d'une réunion de la Maison-Blanche plus tôt cette année, que le PDG de Google avait exprimé l'engagement de l'entreprise envers l'armée américaine et non l'armée chinoise.

Une autre intervention, celle de Larry Kudlow, directeur du Conseil économique national, a pris avec beaucoup de réserves les déclarations de M. Thiel. S'exprimant sur Fox Business Network lundi, M. Kudlow a déclaré qu'il ne pense pas que Google est traître. Il a dit :

« Je rencontre régulièrement le PDG de Google. Je pense qu'ils travaillent pour l'Amérique, pour nos militaires, pas pour la Chine ». « Peter Thiel est un homme bon. Il a été un grand partisan de l'administration Trump. C'est un homme très intelligent », a dit M. Kudlow avant d’ajouter que « Je ne sais pas où il veut en venir, alors j'ai des doutes, mais on ne sait jamais ».

En plus, avec la guerre commerciale entre l'administration Trump et la Chine et l'examen plus rigoureux des entreprises chinoises en particulier Huawei Technologies Co. pour des raisons de sécurité nationale, il sera difficile pour Google de continuer des activités concernant la Chine.

Il est vrai que la menace d'infiltration d'espions étrangers, notamment d’espions chinois, dans les entreprises américaines est bien réelle, mais des allégations de M. Thiel présentées sans détail ni preuve, soulèvent des doutes en ce qui concerne la participation de Google à une traitrise.

Source : The Wall Street Journal, Tweet de Trump

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Avatar de CoderInTheDark
Membre expérimenté https://www.developpez.com
Le 18/07/2019 à 10:31
Ca me fait penser au Maccarthysme .
Bientôt ils vont bannir de l'administration ceux qui ont des liens avec les chinois, les russes,...
On va pouvoir dénoncer, comme RonaldRegan qui a dénoncé des acteurs (meilleur que lui sans doutes)

Les USA ont toujours eu un ennemi, ça entretien un moyen de pression sur
les citoyens, ils doivent se tenir prets, ça permet de justifier certains sacrifices l'armée plutôt que les dépenses sociales et de santés.

Je veux bien qu'ils se défendent, mais ils devraient aussi comprendre que le monde à changer, ils ne peuvent plus se comporter comme la seule puissance mondiale dominante.
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