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La CIA et le renseignement allemand ont acheté un vendeur de dispositifs de chiffrement à travers le monde
Ce qui leur a permis d'espionner une centaine de pays pendant 40 ans

Le , par Patrick Ruiz

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18  0 
C’est ce que des documents classifiés par la CIA et obtenus par le Washington Post et le diffuseur allemand ZDF ont qualifié de coup d’État du siècle en matière de renseignement… Crypto AG, une entreprise suisse qui a fait ses preuves en mettant sur pied des dispositifs de chiffrement pour l'armée américaine pendant la Seconde Guerre mondiale, en a également fourni, après guerre, à plus de 120 pays qui n'étaient pas au courant de sa collusion avec les services de renseignement américains et allemands. La société a appartenu pendant des décennies à la CIA et à l'agence de renseignement allemande – le BND. Ceci a permis à la CIA, à la NSA et aux services de renseignement allemands de lire les communications les plus sensibles de la plupart des pays à l’exception de la Chine et de la Russie.

En fait, des clients de Crypto AG parmi lesquels on liste l’Iran, les juntes militaires d’Amérique du Sud, les rivaux nucléaires indiens et pakistanais et même le Vatican ont fait confiance à l’entreprise pendant près d’un demi-siècle pour garder secrètes les communications de leurs espions, soldats et diplomates.


« Mais ce qu'aucun de ses clients n'a jamais su, c'est que Crypto AG appartenait à la CIA dans le cadre d'un partenariat hautement secret avec les services de renseignement ouest-allemands. Ces agences d'espionnage ont truqué les appareils de l'entreprise afin de pouvoir facilement casser les codes que les pays utilisaient pour envoyer des messages chiffrés. Cet arrangement, qui dure depuis des décennies et qui compte parmi les secrets les plus étroitement gardés de la guerre froide, est mis à nu dans un historique classifié et complet de l'opération », rapporte le Washington Post.

Tout part d’une première poignée de main entre les services de renseignement américains et Crypto AG en 1951. L’entente appelait Benoit Hagelin (fondateur de Crypto AG) à restreindre les ventes des dispositifs de chiffrement les plus sophistiqués de son entreprise à des pays sur une liste approuvée par les USA. Ceux absents de cette dernière recevraient alors des systèmes au chiffrement plus aisé à casser. Hagelin serait indemnisé pour ses ventes perdues à hauteur de 700 000 dollars d’avance. Dès 1960, l’entente fait l’objet de renouvellement pour 855 000 dollars ; une somme qui se déclinera en honoraires évalués à 70 000 $ par an et en suppléments de 10 000 $ pour des dépenses marketing. D’autres services de renseignement dont ceux de France et d’Allemagne de l’Ouest auraient été mis au courant de l’entente entre les USA et l’entreprise suisse. Ceci, en 1967, a amené Français et Allemands de l’Ouest à se rapprocher de Crypto AG pour tenter un rachat. Le fondateur refuse et fait remonter l’offre à la CIA qui rachètera finalement l’entreprise en 1970, en tandem avec le BND pour 5,75 millions de dollars.

H-460 : un dispositif de chiffrement lancé en 1967 par Crypto AG et qui aurait été truqué en partenariat avec la CIA


Les services de renseignement américains et ouest-allemands ont ainsi pu surveiller la crise des otages à l’ambassade américaine de Téhéran en 1979, fournir des informations sur l’armée argentine au Royaume-Uni pendant la guerre des Malouines, suivre les campagnes d’assassinats des dictateurs sud-américains et surprendre des responsables libyens se féliciter après l’attentat contre la discothèque La Belle à Berlin-Ouest en 1986 (bilan : deux soldats américains décédés).

Les services de renseignement ouest-allemands se sont désengagés de l’accord dès la fin des années 1970 et s’en sont totalement retirés au moment de la réunification de leur pays. Ils ont procédé à la revente de leurs parts à la CIA qui est demeurée seul maître à bord du navire jusqu’en 2018 – période à laquelle elle a revendu l’entreprise. « Crypto avait perdu de son importance sur le marché mondial de la sécurité du fait de la diffusion massive d’une technologie de chiffrage fort dorénavant accessible sur les smartphones », rapporte le Washington Post en guise d’analyse de la manœuvre.

L’ancien coordinateur du renseignement allemand, Bernd Schmidbauer, a confirmé à la ZDF l’existence de cette opération estimant qu’elle avait permis « de rendre le monde un peu plus sûr. »

Grosso modo, plus de cent pays se sont appuyés sur Crypto AG pour entrer en possession de dispositifs de chiffrements truqués au profit des USA et des services de renseignement ouest-allemands pendant près de quatre décennies. À date, l’entreprise est la propriété de la société suédoise Crypto International qui assure n’avoir aucun lien avec la CIA ou le BND. Le gouvernement suisse a annoncé le 15 janvier qu'il lançait une enquête sur les liens de Crypto AG avec la CIA et la BND. Au début de ce mois, les autorités suisses ont révoqué la licence d'exportation de Crypto International. Les enquêtes sur la société se poursuivent sur plusieurs axes dont celui de savoir ce qu’il est advenu des millions de dollars qu’elle a générés…

Source : WP

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Voir aussi :

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Avatar de Stéphane le calme
Chroniqueur Actualités https://www.developpez.com
Le 12/11/2020 à 7:26
La CIA a racheté Crypto AG, un vendeur suisse de dispositifs de chiffrement avec de nombreux clients dans le monde,
afin de contrôler les communications chiffrées pendant plusieurs décennies

La CIA et les services de renseignement allemands ont mis en péril la réputation historique de neutralité de la Suisse en utilisant une entreprise suisse comme plateforme pour une opération d'espionnage mondiale pendant des décennies, selon un rapport publié mardi par des membres du parlement suisse.

Les enquêteurs ont conclu que les autorités suisses étaient au courant et parfois complices d'une opération d'espionnage élaborée dans laquelle la CIA détenait et contrôlait secrètement une société suisse, Crypto AG, qui vendait secrètement des systèmes de chiffrement truqués à des gouvernements étrangers.

Le rapport marque le point culminant d'une enquête suisse lancée après que l'histoire de l'opération Crypto ait été révélée plus tôt cette année par le Washington Post en collaboration avec ZDF, la télévision publique allemande et le radiodiffuseur suisse SRF.

L'opération Crypto a exploité « l'image de la Suisse à l'étranger en tant qu'État neutre », selon le rapport, qui indiquait également que les autorités suisses avaient effectivement permis à la CIA et à son homologue allemand, le BND, de mener « des opérations de renseignement au détriment d'autres États. en se cachant derrière une entreprise suisse ».

L’opération d'espionnage a été tellement couronnée de succès qu'un document classifié de la CIA l'a qualifiée de « coup d'État du renseignement du siècle », selon l’enquête.


Basée à Zoug, en Suisse, Crypto était l’un des principaux fournisseurs mondiaux d’outils de chiffrement utilisés par les gouvernements étrangers pour garder secrètes les communications de leurs espions, soldats et diplomates. Mais la société était depuis les années 1970 secrètement détenue par la CIA et le BND, et avait collaboré clandestinement avec la National Security Agency, le service américain de décodage, à partir des années 1950.

La genèse

Tout part d’une première poignée de main entre les services de renseignement américains et Crypto AG en 1951. L’entente appelait Benoit Hagelin (fondateur de Crypto AG) à restreindre les ventes des dispositifs de chiffrement les plus sophistiqués de son entreprise à des pays sur une liste approuvée par les USA. Ceux absents de cette dernière recevraient alors des systèmes au chiffrement plus aisé à casser. Hagelin serait indemnisé pour ses ventes perdues à hauteur de 700 000 dollars d’avance. Dès 1960, l’entente fait l’objet de renouvellement pour 855 000 dollars ; une somme qui se déclinera en honoraires évalués à 70 000 $ par an et en suppléments de 10 000 $ pour des dépenses marketing. D’autres services de renseignement dont ceux de France et d’Allemagne de l’Ouest auraient été mis au courant de l’entente entre les USA et l’entreprise suisse. Ceci, en 1967, a amené Français et Allemands de l’Ouest à se rapprocher de Crypto AG pour tenter un rachat. Le fondateur refuse et fait remonter l’offre à la CIA qui rachètera finalement l’entreprise en 1970, en tandem avec le BND pour 5,75 millions de dollars.

Les services de renseignement américains et ouest-allemands ont ainsi pu surveiller la crise des otages à l’ambassade américaine de Téhéran en 1979, fournir des informations sur l’armée argentine au Royaume-Uni pendant la guerre des Malouines, suivre les campagnes d’assassinats des dictateurs sud-américains et surprendre des responsables libyens se féliciter après l’attentat contre la discothèque La Belle à Berlin-Ouest en 1986 (bilan : deux soldats américains décédés).

Les services de renseignement ouest-allemands se sont désengagés de l’accord dès la fin des années 1970 et s’en sont totalement retirés au moment de la réunification de leur pays. Ils ont procédé à la revente de leurs parts à la CIA qui est demeurée seul maître à bord du navire jusqu’en 2018 – période à laquelle elle a revendu l’entreprise. « Crypto avait perdu de son importance sur le marché mondial de la sécurité du fait de la diffusion massive d’une technologie de chiffrage fort dorénavant accessible sur les smartphones », rapporte le Washington Post en guise d’analyse de la manœuvre.

Le fait que la CIA soit propriétaire de la société a été caché à la vue du public par le biais de transactions financières complexes orchestrées par un cabinet d’avocats au Liechtenstein. Sous le contrôle de la NSA et de la CIA, Crypto a vendu des systèmes truqués à plus de 100 gouvernements, dont l'Iran, des juntes militaires d'Amérique latine, des rivaux nucléaires en Inde et au Pakistan, et même au Vatican.

Des vulnérabilités servant de porte dérobée dans les algorithmes des outils de chiffrement

En exploitant des vulnérabilités cachées dans les algorithmes des outils, les espions américains et allemands ont pu lire les câbles diplomatiques (un texte confidentiel échangé de manière chiffrée entre une mission diplomatique, telle qu'une ambassade ou un consulat, et le ministère des Affaires étrangères du pays qu'elle représente) et autres communications, aussi bien des « adversaires » que de certains alliés. L'opération était connue en interne sous des noms de code tels que « Thesaurus » et « Rubicon ».

Un historique détaillé de la CIA obtenu par The Post dépeignait le programme comme un triomphe de l'espionnage du XXe siècle, s'étonnant que « les gouvernements étrangers payaient beaucoup d'argent aux États-Unis et [ce qui était alors] l'Allemagne de l'Ouest pour le privilège de faire lire leurs communications les plus secrètes par au moins deux (et peut-être jusqu'à cinq ou six) pays étrangers ».

Cette ligne faisait allusion au partage de renseignements glanés à partir d'appareils vendus avec des alliés (dont le Royaume-Uni) par Crypto.

L'histoire de la CIA indique que les autorités suisses étaient généralement au courant de l'opération, mais pas directement impliquées dans l'opération. Le rapport suisse confirme certains aspects de ce compte secret, mais va plus loin en décrivant la prétendue complicité suisse. Citant des documents des renseignements suisses, le rapport indique que le service de renseignement suisse savait en 1993 que Crypto « appartenait à des services de renseignement étrangers et exportait des dispositifs "vulnérables" ».

Le rapport continue en suggérant que l'agence d'espionnage suisse, le Strategic Intelligence Service (SIS), a conclu un accord formel avec la CIA qui prévoyait l'accès aux communications d'autres pays.

Le SIS a pu « garantir un accès fiable à ces connaissances avec l'accord des services de renseignement américains », selon le rapport suisse. Le document ne fournit pas de détails plus substantiels sur cet arrangement.

Les révélations offrent le dernier aperçu d'une opération d'espionnage qui a fait l'objet d'intrigues et de spéculations presque depuis la fondation de l'entreprise dans les années 1950 par un inventeur suédois, Boris Hagelin, qui avait fait fortune en vendant des machines de chiffrement portables aux forces américaines pendant la deuxième guerre mondiale.


H-460 : un dispositif de chiffrement lancé en 1967 par Crypto AG et qui aurait été truqué en partenariat avec la CIA

Les responsables suisses n'ont pas violé la loi suisse en permettant à l'opération CIA-Crypto de se poursuivre

Les résultats montrent clairement que les autorités suisses avaient des soupçons à propos de Crypto dès les années 1970, lorsque les employés de l'entreprise basée à Zoug ont commencé à s'inquiéter de ses activités.

Seuls les meilleurs dirigeants de Crypto ont été informés de la véritable propriété de l'entreprise, selon les archives de la CIA. Mais les employés des départements d’ingénierie et de recherche ont identifié à plusieurs reprises des vulnérabilités dans la conception des produits qu’ils étaient mystérieusement empêchés de corriger.

Les autorités suisses ont lancé plusieurs enquêtes sur Crypto à partir des années 1970 qui ont soulevé des soupçons sur l'implication des services de renseignement occidentaux, mais n'ont jamais pu confirmer une connexion à la CIA.

Ces soupçons se sont accentués en 1992, lorsqu'un vendeur de Crypto, Hans Buehler, a été arrêté lors d'un voyage d'affaires en Iran et interrogé sur les produits de la société. Il a été retenu captif pendant neuf mois avant que Crypto ne paie secrètement 1 million de dollars pour sa libération.

L’opération a été confrontée à l’une de ses plus graves menaces d’exposition lorsque Buehler est revenu et a commencé à parler aux organes de presse de son calvaire et des questions de ses interrogateurs iraniens. Le rapport suisse laisse entendre que les services de renseignement du pays ont conclu un accord plus formel, quoique passif, avec la CIA dans ce laps de temps.

Le rapport indique que les responsables suisses n'ont pas violé la loi suisse en permettant à l'opération CIA-Crypto de se poursuivre, mais conclut que cela risquait de nuire gravement à la politique et à la réputation du pays.

L'opération s'est poursuivie jusqu'en 2018, date à laquelle la CIA a effectivement mis fin au programme et vendu le bâtiment du siège de Crypto à Zoug, ainsi que d'autres actifs.

L'entreprise internationale de Crypto a été achetée par un entrepreneur suédois, Andreas Linde, qui a déclaré dans un échange de courriels avec les médias américains plus tôt cette année qu'il n'était pas au courant de la propriété de la CIA lorsqu'il a acheté les actifs. Les contrôles à l'exportation imposés par les autorités suisses à la suite de divulgations publiques sur Crypto plus tôt cette année ont menacé la survie de l'entreprise.

Le Conseil fédéral a maintenant jusqu'au 1er juin 2021 pour se prononcer et réagir aux recommandations que contient le rapport. Philippe Bauer, conseiller national (PLR/NE) et membre de la commission d’enquête parlementaire, s'est exprimé à ce sujet au micro de la Radio Télévision Suisse (RTS). Selon lui, le gouvernement ne savait rien de cette affaire jusqu'à très récemment alors que ses services secrets avaient tout orchestré et il lui a été demandé si cela était normal pour un gouvernement.

Ce à quoi il a répondu : « Non, et c'est d'ailleurs une des critiques qui est formulée par la délégation de la commission des gestions. Elle a relevé qu'il n'est pas acceptable, lorsqu'un service de renseignement collabore sur un dossier avec un service de renseignement étranger, qu'il ne demande pas l'autorisation de le faire à son pouvoir de tutelle c'est-à-dire au conseil fédéral comme la loi actuelle le prévoit d'ailleurs »

Source : explications de Philippe Bauer, conseiller national (PLR/NE) et membre de la commission d’enquête parlementaire

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Avatar de philouZ
Membre expérimenté https://www.developpez.com
Le 12/02/2020 à 8:51
Ce n'est à mon avis que la partie émergée de l'iceberg...
11  0 
Avatar de Stéphane le calme
Chroniqueur Actualités https://www.developpez.com
Le 29/11/2020 à 21:49
En plus de Crypto AG, la CIA contrôlait une autre entreprise suisse de chiffrement pour ses opérations d'espionnage.
Des entreprises suisses, dont UBS la plus grande banque de Suisse, en ont fait les frais

Tout part d’une première poignée de main entre les services de renseignement américains et Crypto AG en 1951. L’entente appelait Benoit Hagelin (fondateur de Crypto AG) à restreindre les ventes des dispositifs de chiffrement les plus sophistiqués de son entreprise à des pays sur une liste approuvée par les USA. Ceux absents de cette dernière recevraient alors des systèmes au chiffrement plus aisé à casser. Hagelin serait indemnisé pour ses ventes perdues à hauteur de 700 000 dollars d’avance. Dès 1960, l’entente fait l’objet de renouvellement pour 855 000 dollars ; une somme qui se déclinera en honoraires évalués à 70 000 $ par an et en suppléments de 10 000 $ pour des dépenses marketing. D’autres services de renseignement dont ceux de France et d’Allemagne de l’Ouest auraient été mis au courant de l’entente entre les USA et l’entreprise suisse. Ceci, en 1967, a amené Français et Allemands de l’Ouest à se rapprocher de Crypto AG pour tenter un rachat. Le fondateur refuse et fait remonter l’offre à la CIA qui rachètera finalement l’entreprise en 1970, en tandem avec le BND pour 5,75 millions de dollars.

Les services de renseignement américains et ouest-allemands ont ainsi pu surveiller la crise des otages à l’ambassade américaine de Téhéran en 1979, fournir des informations sur l’armée argentine au Royaume-Uni pendant la guerre des Malouines, suivre les campagnes d’assassinats des dictateurs sud-américains et surprendre des responsables libyens se féliciter après l’attentat contre la discothèque La Belle à Berlin-Ouest en 1986 (bilan : deux soldats américains décédés).

Les services de renseignement ouest-allemands se sont désengagés de l’accord dès la fin des années 1970 et s’en sont totalement retirés au moment de la réunification de leur pays. Ils ont procédé à la revente de leurs parts à la CIA qui est demeurée seul maître à bord du navire jusqu’en 2018 – période à laquelle elle a revendu l’entreprise. « Crypto avait perdu de son importance sur le marché mondial de la sécurité du fait de la diffusion massive d’une technologie de chiffrage fort dorénavant accessible sur les smartphones », rapporte le Washington Post en guise d’analyse de la manœuvre.

Le fait que la CIA soit propriétaire de la société a été caché à la vue du public par le biais de transactions financières complexes orchestrées par un cabinet d’avocats au Liechtenstein. Sous le contrôle de la NSA et de la CIA, Crypto a vendu des systèmes truqués à plus de 100 gouvernements, dont l'Iran, des juntes militaires d'Amérique latine, des rivaux nucléaires en Inde et au Pakistan, et même au Vatican.


H-460 : un dispositif de chiffrement lancé en 1967 par Crypto AG et qui aurait été truqué en partenariat avec la CIA

Des vulnérabilités servant de porte dérobée dans les algorithmes des outils de chiffrement

En exploitant des vulnérabilités cachées dans les algorithmes des outils, les espions américains et allemands ont pu lire les câbles diplomatiques (un texte confidentiel échangé de manière chiffrée entre une mission diplomatique, telle qu'une ambassade ou un consulat, et le ministère des Affaires étrangères du pays qu'elle représente) et autres communications, aussi bien des « adversaires » que de certains alliés. L'opération était connue en interne sous des noms de code tels que « Thesaurus » et « Rubicon ».

Un historique détaillé de la CIA obtenu par The Post dépeignait le programme comme un triomphe de l'espionnage du XXe siècle, s'étonnant que « les gouvernements étrangers payaient beaucoup d'argent aux États-Unis et [ce qui était alors] l'Allemagne de l'Ouest pour le privilège de faire lire leurs communications les plus secrètes par au moins deux (et peut-être jusqu'à cinq ou six) pays étrangers ».

Cette ligne faisait allusion au partage de renseignements glanés à partir d'appareils vendus avec des alliés (dont le Royaume-Uni) par Crypto.

L'histoire de la CIA indique que les autorités suisses étaient généralement au courant de l'opération, mais pas directement impliquées dans l'opération. Le rapport suisse confirme certains aspects de ce compte secret, mais va plus loin en décrivant la prétendue complicité suisse. Citant des documents des renseignements suisses, le rapport indique que le service de renseignement suisse savait en 1993 que Crypto « appartenait à des services de renseignement étrangers et exportait des dispositifs "vulnérables" ».


Une seconde entreprise suisse aurait vendu des dispositifs d'espionnage cryptés

La télévision publique suisse, SRF, a découvert qu'une deuxième société en plus de Crypto AG était impliquée dans la fabrication d'appareils manipulés prétendument utilisés pour l'espionnage par des services de renseignement étrangers.

Selon des sources de la SRF, la société suisse Omnisec AG avait des liens avec les services de renseignement américains. Omnisec était l'un des principaux concurrents de Crypto AG.

Le cryptologue et professeur suisse Ueli Maurer a été consultant pour Omnisec pendant des années et a déclaré à la SRF qu'en 1989, les services de renseignement américains (National Security Agency) avaient contacté Omnisec par son intermédiaire.

Les appareils de la série OC-500 sont concernés. Les appareils ont été vendus à plusieurs agences fédérales suisses. Cependant, les autorités suisses n'ont remarqué que les appareils n'étaient pas sécurisés qu’au milieu des années 2000.

Plusieurs entreprises suisses ont également reçu des appareils trafiqués d'Omnisec, dont la plus grande banque de Suisse, UBS. On ne sait pas si les autorités ont informé UBS de la faiblesse des appareils au milieu des années 2000. UBS a déclaré à SRF qu'elle ne commentait pas les questions de sécurité, mais qu'elle n'avait aucune indication que des données sensibles aient été exposées à l'époque.

Omnisec, fondée en 1987, fabriquait des équipements de chiffrement voix, fax et données. L'entreprise a déposé le bilan il y a deux ans. Le plus récent directeur de la société, Clemens Kammer, a déclaré à SRF que les clients d'Omnisec « accordent et continueront d'accorder une grande importance à la sécurité, la confidentialité, la discrétion et la fiabilité des relations commerciales ».

La réaction de la classe politique

Certains politiciens ont appelé à des enquêtes supplémentaires sur ces dernières allégations qui pourraient révéler qui, le cas échéant, au sein du gouvernement fédéral était au courant des affaires commerciales d'Omnisec avec des renseignements étrangers. Parmi eux, figure le codirigeant du parti socialiste, Cedric Wermuth, qui a appelé à l'ouverture d'une enquête parlementaire. « Comment une chose pareille peut-elle se produire dans un pays qui se dit neutre, comme la Suisse ? », s'est-il interrogé sur la chaîne.

« Cela pose la question de l'espionnage même dans le pays », a relevé Hans-Peter Portman, un élu parlementaire du Parti Libéral à la chaîne de télévision.

Une enquête parlementaire sur l'affaire Crypto AG avait conclu en octobre que les services de renseignement suisses avaient profité du contrôle de Crypto par la CIA et le BND, mais avait omis d'informer le gouvernement fédéral.

« Le Service de renseignement stratégique (SRS), une organisation qui a précédé le Service de renseignement de la Confédération (SRC), savait depuis 1993 que des services de renseignement étrangers se cachaient derrière la société Crypto AG », affirmait le rapport, qui souligne aussi qu'il n'y avait rien d'illégal à la collaboration, mais juge que les espions suisses ont sciemment caché des choses aux organismes chargés de les chapeauter.

Philippe Bauer, conseiller national (PLR/NE) et membre de la commission d’enquête parlementaire, s'est exprimé à ce sujet au micro de la Radio Télévision Suisse (RTS). Selon lui, le gouvernement ne savait rien de cette affaire jusqu'à très récemment alors que ses services secrets avaient tout orchestré et il lui a été demandé si cela était normal pour un gouvernement.

Ce à quoi il a répondu : « Non, et c'est d'ailleurs une des critiques qui est formulée par la délégation de la commission des gestions. Elle a relevé qu'il n'est pas acceptable, lorsqu'un service de renseignement collabore sur un dossier avec un service de renseignement étranger, qu'il ne demande pas l'autorisation de le faire à son pouvoir de tutelle c'est-à-dire au conseil fédéral comme la loi actuelle le prévoit d'ailleurs ».

Source : SRF

Et vous ?

Qu'en pensez-vous ? Êtes-vous surpris par ces affirmations ?
Vous semblent-elles crédibles ?
7  0 
Avatar de Anselme45
Membre extrêmement actif https://www.developpez.com
Le 12/02/2020 à 13:54
Citation Envoyé par Aiekick Voir le message
ça fait des année que la suisse n'est plus crédible. ils ont toujours baissé leur froc devant l'argent, et ça ne changeras jamais
Tiens... Il y avait longtemps que l'on avait plus eu droit au Swiss Bashing

Vilaine Suisse! Heureusement que la France et ses autorités sont le parfait exemple de la droiture et de l'éthique...

C'est pas comme s'il y avait eu des magouilles lors de la vente par la France de sous-marins au Pakistan ou encore lors de la vente de frégates à Taiwan...

Et que dire des faux-époux Turenge, de vrais agents du service action français se promenant avec de faux passeports suisses, qui ont fait explosé sur territoire de Nouvelle-Zélande, un bateau de GreenPeace et y tuant un photographe espagnol et au final en s'y faisant pincer par la police locale?

Et que dire de la politique de la France-Afrique qui voit depuis plus de 50 ans, le 100% des gouvernements français promouvoir des tyrans locaux qui affament leur population et viennent planquer leur fortunes dans l'Hexagone contre quelques menues matières premières, style uranium pour ces si belles et si propres centrales nucléaires qui font la fierté de la Fraaaaaaaaaaaance!

Petite citation à méditer: «Quand le singe veut monter au cocotier, il faut qu'il ait les fesses propres»
4  0 
Avatar de mh-cbon
Membre extrêmement actif https://www.developpez.com
Le 12/11/2020 à 9:54
lire aussi https://www.les-crises.fr/crypto-ag-...renseignement/
3  0 
Avatar de Picarunix
Membre régulier https://www.developpez.com
Le 12/11/2020 à 12:12
Si l'on fait confiance à un système de chiffrement de ce genre là, c'est qu'on l'a construit. C'est ce que font les forces armées.

Une équipe peut s'inscrire sur un forum, elle partage le même pseudo et le même mot de passe. L'un de ses membres va sur le compte et écrit un message privé qu'il n'envoie à personne et le laisse en brouillon.
Le ou les membres suivants peuvent venir le consulter et même y répondre, toujours en mode brouillon. Ensuite on efface le brouillon.

Les administrateurs du forum n'ont pas accès aux brouillons.
2  0 
Avatar de marsupial
Expert confirmé https://www.developpez.com
Le 12/11/2020 à 16:08
Et ils veulent remettre le couvert avec le projet de loi EARN IT...
2  0 
Avatar de seedbarrett
Membre averti https://www.developpez.com
Le 12/02/2020 à 15:03
Citation Envoyé par Anselme45 Voir le message

Perso, je sais une seule chose... Aucun président ou collaborateur présidentiel en Suisse n'a jamais terminé devant la justice ...
C'est marrant, en Corée du nord non plus, ça doit vraiment être des gens bien eux aussi.
Puis je répète mais en France la corruption c'est un sport national, c'est pas un secret. Tout comme planquer l'argent des riches en suisse, c'est aussi un sport national. Ou blanchir de l'argent sale ça aussi ils savent faire les suisses. Je répète donc, l'herbe n'est pas plus verte ailleurs et faut franchement avoir des poutres dans les yeux pour le nier

Y'a comme une constante avec l'argent non ? Peut être parce que le froc est baissé devant des billets. En France c'est différent, c'est plutôt devant un peu de pouvoir (et des billets).
2  1 
Avatar de dvassart
Membre du Club https://www.developpez.com
Le 12/02/2020 à 15:40
Citation Envoyé par chrisperr Voir le message

Je me demande comment le commun des mortels peut être raisonnablement sûr de ce qu'il utilise.
Comment être sûr que les audits de sûreté des solutions open source sont bien menés par des gens intègres, que les codes disponibles sont ceux qui sont audités et que ceux qui les intègrent dans leurs applications sont à la fois honnêtes et capables de vérifier le code.
La plupart des projets Open Source sérieux permettent de vérifier l'intégrité des paquets téléchargés au moyen d'une somme de contrtôle (MD5 et cie). En partant du principe que le code source a été audité par quelqu'un de fiable et que l'utilisateur utilise cette somme de contrôle avant de commencer à utiliser la solution logicielle, ce dernier peut être tranquille.
Mais comme on ne peut jamais être certain que l'audit a été exhaustif et impartial et que rares sont ceux qui se donnent la peine d'employer les moyens de vérifications mis à disposition, il n'est pas hasardeux d'affirmer que non, on n'est jamais vraiment sûr des outils logiciels qu'on utilise.
2  1 
Avatar de tanaka59
Expert confirmé https://www.developpez.com
Le 13/02/2020 à 19:04
Bonsoir,

Qu’en pensez-vous ?
C'est vraiment pas un secret de polichinelle ...

En 2011 les USA se sont fait pincés ... Pourquoi ? Le FBI et la CIA ont financé le logiciel libre "commotion" ... visant à créer des réseaux privés via le wifi des box internet et routeur . Le tout avec une partie de "code" en mode pirate !

Cela nous fait un belle jambe ...

On peut aussi reparler le Chine qui fournit matériel et technologie à grand renfort d’épongeage de dette en Afrique ... Pendant ce temps entre 2012 et 2016 la Chine espionne l'Afrique et les relations EU <> Afrique ! On c'est aperçu de la supercherie après un plantage en 2016 dans des serveurs !

On peut aussi parler de Babar ... un logiciel français qui espionné le monde !
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