La Commission de l’UE vient de procéder à la présentation d’une ébauche de la nouvelle stratégie de l’Union en matière de cybersécurité. Grosso modo, il est question d’aller en guerre contre la pédophilie en ligne au travers d’une proposition de loi qui sera soumise plus tard dans l’année. Dans le texte, la Commission indique clairement sa position quant au choix entre sécurité et libertés individuelles : elle est pour la sécurité et entend justement mettre le chiffrement en ligne à mal.« Pensez aux enfants, laissez-nous ouvrir vos contenus en ligne », c’est ce que suggère la sortie d’Ylva Johansson. « Nous allons présenter une proposition de loi qui va obliger les fournisseurs de services sur Internet à détecter, signaler, supprimer et remonter les cas de pédophilie en ligne », annonce la commissaire européenne aux affaires intérieures. Point saillant de son intervention : les contenus chiffrés sont dans le viseur de la proposition. En d’autres termes, dans le cas de son adoption, des plateformes comme Signal, WhatsApp ou Wire qui implémentent le chiffrement de bout en bout se verront contraintes d’introduire un moyen pour les autorités d’avoir accès aux contenus chiffrés. Comment ? En s’inspirant de dispositions au sein du EARN IT Act des USA.
En vertu du Communications Decency Act en vigueur aux États-Unis depuis 1996, les entreprises qui offrent des services en ligne sont exonérées de toute responsabilité quant aux contenus publiés sur leurs plateformes. Sous le EARN IT Act (proposé par les sénateurs républicains Lindsey Graham et Josh Hawley, ainsi que les sénateurs démocrates Richard Blumenthal Dianne Feinstein au courant du mois de mars), la donne change. Les entreprises sont contraintes de dégager leur responsabilité en offrant aux forces de l’ordre de rechercher des contenus spécifiques. Celles qui ont procédé à l’implémentation du chiffrement de bout en bout tombent alors sous le coup de la responsabilité des contenus publiés sur leurs plateformes.
« Le projet de loi EARN IT, parrainé par les sénateurs Lindsay Graham (R-GA) et Richard Blumenthal (D-CT), supprimera les protections de l'article 230 pour tout site Web qui ne suit pas une liste de "meilleures pratiques", ce qui signifie que ces sites peuvent être poursuivis en justice pour faillite », précise l’Electronic Frontier Foundation.
Vers une surveillance généralisée
Australie : premier pays de l’alliance « Five Eyes » à montrer la voie
Alors que l’année 2018 tirait à sa fin, la Chambre des représentants australienne a adopté le projet de loi Assistance and Access Bill. Ce dernier permet à la police de demander à des services de messagerie comme WhatsApp et Signal d’intégrer des portes dérobées afin de donner aux enquêteurs accès au contenu des messages. Une condition ressort néanmoins dudit texte : ces portes dérobées ne doivent pas constituer des « faiblesses systémiques » dans la sécurité du service.
L’adoption du projet n’avait pas manqué de susciter des oppositions, notamment, de la part d’Apple.
« Nous coopérons depuis longtemps avec le gouvernement australien sur des questions critiques et nous remercions le Parlement de nous avoir permis de partager notre point de vue sur ce sujet.
Nous prenons extrêmement au sérieux le rôle de la technologie en général - et le rôle de Apple en particulier - dans la protection de la sécurité nationale et la vie des citoyens. Même si nous nous efforçons de livrer des expériences agréables aux utilisateurs d'iPhone, d'iPad et de Mac, notre équipe travaille sans relâche pour garder une longueur d'avance sur les agresseurs criminels qui cherchent à extraire des informations personnelles et même à s'approprier des appareils pour des agressions plus vastes qui nous mettent tous en danger. Ces menaces ne font que devenir plus sérieuses et sophistiquées avec le temps.
C'est précisément à cause de ces menaces que nous supportons un chiffrement fort. Tous les jours, plus d’un billion de transactions se produisent en toute sécurité sur Internet comme une résultante des communications chiffrées. Celles-ci vont des opérations bancaires en ligne par carte de crédit aux échanges de dossiers médicaux, en passant par des photos d'un nouveau petit-enfant aux messages échangés entre proches. Les menaces sur ces communications et données sont très réelles et de plus en plus sophistiquées », avait indiqué l’entreprise américaine.
Royaume-Uni : entre participants « fantômes » aux discussions de groupe sur les services de messagerie chiffrée et accords avec les USA
En novembre 2018, l'agence de renseignement britannique GCHQ a proposé d’introduire un membre des forces de l’ordre comme participant « fantôme » à chaque conversation de groupe d’un service de messagerie chiffrée. La manœuvre permettrait aux agences de renseignement d’être en possession de messages chiffrés, ce, sans que les utilisateurs sachent qu’ils sont présents au sein d’une discussion de groupe.
Dans une lettre ouverte adressée au GCHQ le 29 novembre 2018, un groupe de 47 entreprises, dont Apple, Google, Microsoft et WhatsApp a, là aussi, émis des critiques :
« Nous sommes une coalition internationale d’organisations de la société civile vouées à la protection des libertés civiles, des droits de la personne et de l'innovation en ligne; une coalition de chercheurs en sécurité ayant une expertise en chiffrement et en sciences informatiques ; et une coalition d’entreprises de technologie et de commerce. Nous partageons tous un engagement envers le chiffrement fort et la cybersécurité. Nous sommes enchantés de l’invitation à une discussion ouverte de Levy et de Robinson et nous appuyons les six...
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