Le projet Pegasus est une enquête sur l'utilisation d'un logiciel espion de qualité militaire loué par la société israélienne NSO Group à des gouvernements pour traquer les terroristes et les criminels. L'analyse médico-légale a montré que ce logiciel espion a été utilisé pour tenter et réussir le piratage de smartphones appartenant à des journalistes, des militants des droits de l'homme, des chefs d'entreprise et les deux femmes les plus proches du journaliste saoudien assassiné Jamal Khashoggi. Une fuite de données analysée par Forbidden Stories et Amnesty International a révélé que plus de 50 000 numéros de téléphone étaient concernés.Forbidden Stories est une association de journalisme à but non lucratif basée à Paris. L'association a récemment mis la main sur une importante fuite de données qui, à en croire les analystes, pourrait être la plus grande affaire de cyberespionnage depuis les révélations d'Edouard Snowden en 2013 sur les agissements de la NSA. La fuite concerne plus de 50 000 numéros de téléphone ciblés pour la surveillance par les clients de la société israélienne NSO Group. Elle montre comment cette technologie a été systématiquement détournée de son usage initial et utilisée à mauvais escient pendant des années.
NSO Group est une entreprise israélienne de sécurité informatique fondée en 2010 et implantée à Herzelia en Israël. Il est considéré comme un leader mondial dans le secteur en pleine expansion et largement non réglementé des logiciels espions privés. Elle a été rachetée en 2014 par la société Francisco Partners pour 110 millions de dollars. NSO Group affirme que son logiciel, connu sous le nom de Pegasus, qu'il vend aux clients gouvernementaux est destiné à "collecter des données à partir des appareils mobiles de personnes spécifiques, soupçonnées d'être impliquées dans des activités criminelles graves et terroristes".
Pegasus a des capacités étendues : le logiciel espion peut être installé à distance sur un smartphone sans nécessiter aucune action de la part de son propriétaire. Une fois installé, il permet aux clients de prendre le contrôle total de l'appareil, notamment en accédant aux messages des applications de messagerie chiffrée comme WhatsApp et Signal, et en activant le microphone et la caméra. Cependant, contrairement à ce que NSO Group prétend depuis de nombreuses années, y compris dans un récent rapport de transparence, Forbidden Stories dit avoir découvert que ce logiciel espion a été largement utilisé à mauvais escient.
Forbidden Stories et Amnesty International ont eu accès aux enregistrements des numéros de téléphone ciblés par les clients de NSO dans plus de 50 pays depuis 2016. Les journalistes du projet Pegasus – plus de 80 reporters de 17 organisations médiatiques dans 10 pays, coordonnés par Forbidden Stories avec le soutien technique du Security Lab d'Amnesty International – ont passé au crible ces enregistrements de numéros de téléphone et ont pu jeter un coup d'œil derrière le rideau de cette arme de surveillance, ce qui n'avait jamais été possible à ce point auparavant. Voici ci-dessous les principales conclusions de l'enquête à ce jour :
Des téléphones identifiés à partir d'une liste tentaculaire
L'enquête a révélé que 37 smartphones ciblés figuraient sur la liste des numéros de téléphone concentrés dans des pays connus pour surveiller leurs citoyens et aussi connus pour avoir été clients de NSO Group. La liste n'est pas exhaustive, car elle ne permet pas de savoir qui y a inscrit les numéros ni pourquoi, et l'on ignore combien de téléphones ont été ciblés ou surveillés. Mais l'analyse médico-légale des 37 téléphones montre que beaucoup d'entre eux présentent une corrélation étroite entre les horodatages associés à un numéro de la liste et le déclenchement des tentatives de surveillance, dans certains cas aussi brèves que quelques secondes.
L'association a rencontré des victimes du monde entier dont les numéros de téléphone apparaissaient dans les données. Les analyses médico-légales de leurs téléphones – réalisées par le Security Lab d'Amnesty International et examinées par l'organisation canadienne Citizen Lab – ont permis de confirmer une infection ou une tentative d'infection par le logiciel espion de NSO Group dans 85 % des cas.
Des journalistes et des militants figurent sur la liste
Les numéros figurant sur la liste ne sont pas attribués, mais les journalistes ont pu identifier plus de 1 000 personnes dans plus de 50 pays grâce à des recherches et des entretiens sur quatre continents. Cela comprend plusieurs membres de la famille royale arabe, au moins 65 chefs d'entreprise, 85 militants des droits de l'homme, 189 journalistes et plus de 600 hommes politiques et responsables gouvernementaux – dont des ministres, des diplomates et des officiers de l'armée et de la sécurité, ainsi que plusieurs chefs d'État et Premiers ministres. L'objet de la liste n'a pas pu être déterminé de manière concluante.
Dans un billet de blogue sur son site Web, Forbidden Stories a déclaré que les journalistes ciblés provenaient de pays tels que le Mexique, la Hongrie, le Maroc, l'Inde et la France, entre autres. En ce qui concerne la France, même si elle n'est pas une cliente de NSO Group, plusieurs journalistes de...
La fin de cet article est réservée aux abonnés. Soutenez le Club Developpez.com en prenant un abonnement pour que nous puissions continuer à vous proposer des publications.


