Le FBI aurait envisagé d'utiliser le logiciel espion Pegasus, développé par la société israélienne de cybersécurité NSO Group, "dans le cadre d'enquêtes criminelles". Des documents internes ont révélé que le projet était à un stade avancé et que l'agence avait élaboré des directives pour les procureurs fédéraux détaillant la façon dont l'utilisation de Pegasus par le FBI devrait être divulguée lors des procès. Mais le projet semble avoir finalement été abandonné. Le directeur du FBI, Chris Wray, a récemment déclaré au Congrès que l'agence avait acheté une licence pour le logiciel à des fins de test.NSO affirme que son logiciel espion Pegasus est destiné à collecter des données à partir des appareils mobiles de personnes spécifiques, soupçonnées d'être impliquées dans des activités criminelles graves et terroristes. La société israélienne ajoute que Pegasus des capacités étendues : le logiciel espion peut être installé à distance sur un smartphone sans nécessiter aucune action de la part du propriétaire. Une fois installé, il permet aux clients de prendre le contrôle total de l'appareil, notamment en accédant aux messages des applications de messagerie chiffrée comme WhatsApp et Signal, et en activant le microphone et la caméra.
NSO précise également qu'il vend son logiciel espion exclusivement aux clients gouvernementaux. Cependant, contrairement à ce que NSO prétend depuis de nombreuses années, Forbidden Stories, une association de journalisme à but non lucratif basée à Paris, a révélé au cours de l'année dernière que ce logiciel espion a été largement utilisé à mauvais escient. Pegasus aurait été utilisé pour pirater et surveiller les téléphones appartenant à des journalistes, des militants, des chefs d'entreprise et des deux femmes les plus proches du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, assassiné fin 2018 au consulat d'Arabie saoudite en Turquie.
Mais même après le scandale suscité en juillet 2021 par l'utilisation "incontrôlée" de Pegasus, le FBI envisageait toujours de déployer le logiciel espion "à des fins de recherche et de développement et pour surveiller les criminels". En effet, lors d'une session à huis clos avec les législateurs en décembre 2021, il a été demandé au directeur du FBI si le bureau avait déjà acheté et utilisé Pegasus. Wray a reconnu que l'agence fédérale avait bien acheté une licence pour Pegasus, mais uniquement pour la recherche et le développement. « Pour être capable de comprendre comment les méchants pourraient l'utiliser, par exemple », a-t-il déclaré.
Mais des dizaines de documents internes du FBI et des dossiers judiciaires racontent une histoire différente. Les documents, produits en réponse à un procès intenté par le New York Times contre le FBI en vertu de la loi sur la liberté d'information, montrent que les responsables du FBI ont fait pression à la fin de 2020 et au premier semestre de 2021 pour déployer les outils de piratage - fabriqués par la société israélienne de logiciels espions NSO - dans ses propres enquêtes criminelles. Les responsables auraient élaboré des plans avancés pour informer la direction du FBI et auraient rédigé des directives à l'endroit des procureurs fédéraux.
Ces directives informent sur la manière dont l'utilisation des outils de piratage par le FBI devrait être divulguée au cours des procédures pénales. L'on ignore comment l'agence envisageait d'utiliser Pegasus. L'on ignore également s'il était question de pirater les téléphones de citoyens américains, d'étrangers ou des deux. Selon les documents du procès, le FBI a finalement décidé de ne pas déployer Pegasus dans le cadre d'enquêtes criminelles en juillet 2021. En janvier, il a été révélé que des responsables du FBI avaient également testé l'outil Phantom de NSO, une version de Pegasus capable de pirater des téléphones portant des numéros américains.
Toutefois, malgré la décision du FBI de ne pas utiliser Pegasus, les documents judiciaires indiquent que le bureau reste intéressé par l'utilisation potentielle du logiciel espion dans de futures enquêtes. « Le fait que le FBI ait finalement décidé de ne pas déployer l'outil à l'appui d'enquêtes criminelles ne signifie pas qu'il ne testerait pas, n'évaluerait pas et ne déploierait pas potentiellement d'autres outils similaires permettant d'accéder aux communications cryptées utilisées par les criminels », peut-on lire dans un mémoire juridique présenté au nom du FBI à la fin du mois dernier. Ce qui n'est pas conforme au témoignage de Wray.
Selon une transcription de l'audience qui a été récemment déclassifiée, le sénateur Ron...
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