Depuis plusieurs mois, des rapports de cybersécurité révèlent l’existence d’un nouvel outil de surveillance mobile utilisé par les autorités chinoises. Baptisé Massistant, ce logiciel de forensique mobile développé par la société Xiamen Meiya Pico (rebaptisée SDIC Intelligence Xiamen Information fin 2023) permet aux forces de l’ordre d’extraire massivement des données depuis des téléphones Android confisqués. Derrière son apparence d’outil d’investigation classique se cache en réalité une technologie intrusive, capable de contourner les sécurités du système et de fouiller jusque dans les recoins les plus sensibles des terminaux.Massistant n’est pas une application comme les autres. Il ne s’agit pas d’un malware diffusé via des campagnes d’hameçonnage, mais d’un outil de forensique ciblé, pensé pour être utilisé uniquement dans des situations où les autorités ont un accès physique à un appareil. En pratique, le logiciel est installé par la police sur des téléphones déverrouillés lors de contrôles de sécurité, d’interrogatoires ou aux frontières. Couplé à un logiciel de bureau, il permet ensuite une extraction rapide et massive des données de l’utilisateur.
Selon les analyses de Lookout, Massistant est capable de récupérer une quantité impressionnante d’informations : les messages SMS, les contacts, les photos et vidéos, l’historique de localisation, mais aussi les données issues d’applications de messagerie réputées sécurisées comme Signal, Telegram ou Letstalk. Pour parvenir à ses fins, l’outil exploite notamment les services d’accessibilité d’Android, détournés pour cliquer automatiquement sur les fenêtres de confirmation et contourner les protections du système.
Un outil légalement soutenu par le cadre chinois
Si Massistant inquiète, ce n’est pas seulement pour sa sophistication technique, mais aussi pour le cadre juridique qui l’entoure. Depuis 2024, la législation chinoise a été modifiée pour élargir considérablement les pouvoirs des forces de sécurité nationale. Les policiers et agents des services de renseignement ont désormais la possibilité de fouiller des appareils électroniques sans mandat judiciaire ni enquête en cours. Cette extension des prérogatives légales rend l’utilisation d’outils comme Massistant non seulement possible, mais également institutionnalisée.
Dans ce contexte, les voyageurs étrangers, les journalistes, les activistes ou même des professionnels en déplacement peuvent se retrouver exposés. Lors d’un contrôle routinier, à un aéroport ou au poste-frontière, il suffit qu’un appareil soit temporairement confisqué pour que Massistant y soit installé et commence son travail de siphonnage. Plusieurs témoignages circulant sur des forums chinois font état d’installations réalisées dans ce genre de situations, vécues comme inévitables par les personnes concernées.
La persistance d’une surveillance discrète
Une autre caractéristique préoccupante de Massistant réside dans sa capacité de persistance. Si, en apparence, l’outil peut sembler avoir une utilité ponctuelle — extraire des...
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