C’est l’un des lieux les plus sécurisés de la planète, abritant certaines des œuvres d’art les plus précieuses de l’humanité. Et pourtant, un rapport post-braquage vient de révéler que le mot de passe des caméras de surveillance du Louvre n’était autre que… « Louvre ». Ce détail, digne d’un gag de jeu vidéo, expose les failles abyssales d’une cybersécurité institutionnelle souvent plus symbolique que réelle.Dans les jeux vidéo, les développeurs se moquent souvent des gardes et systèmes de sécurité incapables de protéger un simple coffre à cause d’un mot de passe grotesque comme « 1234 » ou « admin ». Dans la vraie vie, on rit jaune. Après le cambriolage audacieux qui a récemment secoué le musée parisien, les enquêteurs ont découvert que les caméras du réseau interne utilisaient comme mot de passe le nom du musée lui-même.
Autrement dit, n’importe quel intrus disposant d’un accès basique ou d’un peu de flair pouvait visionner les flux vidéo du système de surveillance, voire en prendre le contrôle. Ce n’est pas une erreur technique, mais une faute culturelle, révélatrice d’un mépris institutionnel pour les fondamentaux de la sécurité numérique.
Selon le quotidien Libération, ce vol est moins anormal qu'on pourrait le croire, car le Louvre souffre depuis plus de dix ans de lacunes flagrantes en matière de sécurité et de vulnérabilités informatiques.
« Comment les experts ont-ils réussi à infiltrer le réseau ? Principalement en raison de la faiblesse de certains mots de passe que l'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (ANSSI) qualifie poliment de « triviaux », écrit Brice Le Borgne de Libération. « Tapez "LOUVRE" pour accéder à un serveur gérant la vidéosurveillance du musée, ou "THALES" pour accéder à l'un des logiciels publiés par... Thales. »
Comme le souligne Cass Marshall, cofondateur de Rogue et ancien bouffon en chef de Polygon, sur Bluesky, nous devons des excuses à de nombreux concepteurs de jeux vidéo. Nous avons passé des années à nous moquer de la stupidité des personnages de jeux vidéo qui laissaient leurs codes de sécurité et les combinaisons de leurs coffres-forts à la vue de tous, alors que le Louvre utilisait le mot de passe « Louvre » pour ses serveurs de vidéosurveillance.
Ce n'est pas une exagération.
Des documents confidentiels examinés par Libération détaillent une longue histoire de failles de sécurité au Louvre, qui remonte à un audit de cybersécurité réalisé en 2014 par l'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (ANSSI) à la demande du musée. Les experts de l'ANSSI ont réussi à infiltrer le réseau de sécurité du Louvre pour manipuler la vidéosurveillance et modifier l'accès aux badges.
Le musée a demandé un autre audit à l'Institut national des hautes études de sécurité et justice en 2015. Conclu deux ans plus tard, les 40 pages de recommandations de l'audit décrivaient des « lacunes graves », une gestion « médiocre » des flux de visiteurs, des toits facilement accessibles pendant les travaux de construction et des systèmes de sécurité obsolètes et défectueux.
Des documents ultérieurs indiquent qu'en 2025, le Louvre utilisait toujours un logiciel de sécurité acheté en 2003 qui n'était plus pris en charge par son développeur, fonctionnant sur du matériel utilisant Windows Server 2003.
Un écho glaçant d’un mal plus vaste
Le cas du Louvre n’est pas isolé. De nombreuses infrastructures publiques ou patrimoniales fonctionnent encore sur des systèmes hérités des années 2000, où la cybersécurité n’était qu’un gadget. Des mots de passe par défaut non changés, des connexions sans authentification à deux facteurs, des serveurs sous Windows Server obsolètes : tout un écosystème fragile, géré dans la routine.
Le symbole est d’autant plus fort que le musée n’est pas seulement un lieu touristique : c’est un organe d’État, un patrimoine mondial, une cible évidente pour la cybercriminalité. Et pourtant, sa protection numérique semble avoir été pensée comme celle d’un compte Wi-Fi d’hôtel.
« Nous venons de changer le mot de passe, il...
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