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GrapheneOS défend sa fonction d'effacement des données, utilisée par un militant pour empêcher la fouille de son téléphone dans un aéroport américain :
« GrapheneOS est tout à fait légal »

Le , par Mathis Lucas

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Le développeur du système d'exploitation mobile GrapheneOS réaffirme la légitimité de ses fonctions de sécurité avancées. Cette sortie intervient après qu'un militant américain a utilisé un mot de passe de contrainte pour effacer ses données lors d'un contrôle frontalier. Ce code PIN a déclenché une réinitialisation d'usine immédiate, empêchant les agents fédéraux d'accéder au contenu du smartphone. L'utilisateur fait face désormais à une inculpation criminelle pour destruction présumée de preuves, marquant une première juridique pour ce logiciel. Des critiques dénoncent cette fouille comme étant illégale, affirmant que l'accusé était visé pour son militantisme.

En janvier 2025, un militant écologiste d'Atlanta nommé Sam Tunick a été intercepté par des agents des douanes américaines à l'aéroport. Les agents fédéraux ont exigé le mot de passe de son téléphone, qui fonctionnait sous GrapheneOS, un système d'exploitation ultra-sécurisé basé sur Android. En réponse, Sam Tunick a fourni un mot de passe de contrainte, une fonction spécifique qui efface de manière irréversible toutes les données de l'appareil.

Selon les avocats de Sam Tunick, les agents ont ignoré sa demande de parler à un avocat et ne lui ont pas lu ses droits Miranda. « Lorsque les agents ont saisi le mot de passe sur son téléphone portable, l'écran est devenu noir, a clignoté plusieurs fois et le téléphone a semblé redémarrer », indique un document judiciaire. L'incident divise : alors que certains défendent cette fonction de sécurité, d'autres accusent GrapheneOS de protéger les criminels.

« GrapheneOS est tout à fait légal. Nous n’avons aucune obligation d’affaiblir les mesures de sécurité qu’il offre », a écrit le développeur du système d'exploitation dans un message posté sur X (ex-Twitter). « Les lois visant à le rendre illégal ou à exiger un affaiblissement de sa sécurité seraient inconstitutionnelles ».

Inculpation pour destruction de preuves et débat sur la vie privée

À la suite de cet événement, le gouvernement américain a déposé une plainte pénale contre Sam Tunick en novembre, l'accusant d'avoir sciemment détruit ou altéré l'autorité du gouvernement à saisir des biens sous son contrôle légal. L'activiste risque jusqu'à cinq ans de prison s'il est reconnu coupable, bien que ses avocats aient demandé la suppression des preuves au motif que les agents fédéraux de l'aéroport ont violé ses droits constitutionnels.


La Fondation GrapheneOS, l'organisation à but non lucratif derrière le projet, a publiquement défendu son logiciel. Elle rappelle que GrapheneOS offre diverses protections aux utilisateurs, telle qu'une minuterie de redémarrage automatique qui sécurise les données après une période d'inactivité. Néanmoins, elle avertit les utilisateurs qu'ils doivent réfléchir aux conséquences juridiques et physiques potentielles avant d'utiliser la fonction d'effacement.

Citation Envoyé par Fondation GrapheneOS

Les utilisateurs doivent réfléchir attentivement à la manière de l’utiliser dans une situation de contrainte réelle, où l’effacement de l’appareil peut entraîner des conséquences physiques ou juridiques. GrapheneOS n’exige pas ce mot de passe pour protéger les données contre toute extraction de l’appareil, mais cela rend toute récupération des données totalement impossible, même en disposant du code PIN ou du mot de passe de chaque profil enregistré sur l’appareil... De même, il n’est pas possible d’aider à contourner le chiffrement, car le matériel et les logiciels ont été conçus pour l’empêcher.
Cette affaire s'inscrit dans un débat de longue date opposant le droit à la vie privée aux pouvoirs d'investigation du gouvernement américain. Elle rappelle également les conflits historiques impliquant des entreprises comme Apple au sujet du chiffrement de bout en bout et les demandes de portes dérobées formulées par le FBI. Selon un rapport de The Guardian, cette affaire pourrait être la première à viser GrapheneOS, qui existe depuis une décennie.

Réactions des spécialistes en cybersécurité et de la communauté

Lors d'une audience le 20 juillet, Samuel Tunick a plaidé non coupable des chefs d'accusation portés contre lui. Matthew Dodge, avocat commis d’office fédéral au sein de l’équipe juridique de Samuel Tunick, a déclaré à TechCrunch qu’il était extrêmement rare de voir cette loi fédérale utilisée dans un acte d’accusation. Plusieurs experts en cybersécurité ont également indiqué n’avoir jamais vu de poursuites engagées de cette manière auparavant.

« C’est préoccupant, et cela donne l’impression que GrapheneOS est par défaut considéré comme criminel », a déclaré Christophe Boutry, expert en cybersécurité et en surveillance. Lui et Bill Buddington, technologue senior à l’Electronic Frontier Foundation, ont tous deux indiqué n’avoir jamais vu de cas similaire.

Marlon Kautz, membre de l’Atlanta Solidarity Fund, a déclaré : « nous avons tous le droit de protéger nos données privées contre les perquisitions anticonstitutionnelles. Et nous devons le faire, surtout en cette période de montée de l’autoritarisme ». Par ailleurs, Christophe Boutry, qui réside en France, a également indiqué que le cas de Samuel Tunick s’inscrit dans la lignée des tendances observées dans des pays tels que la France et l'Espagne.

Dans ces pays, GrapheneOS a permis de contrecarrer les tentatives des autorités d'accéder aux téléphones de journalistes, d'avocats et d'opposants politiques. Par exemple, des rapports ont révélé qu'en Catalogne, en Espagne, la police a procédé au profilage de personnes possédant des téléphones Google Pixel, partant du principe qu’elles avaient installé GrapheneOS et qu’elles étaient des trafiquantes de drogue ou des membres de gangs.

« Ce sont nos téléphones et l’État n’a pas à nous dire comment les utiliser », note Christophe Boutry. Runa Sandvik, experte en cybersécurité, prévient que les autorités peuvent désormais arguer qu'il y a eu une destruction intentionnelle de données, et affirme qu'il est donc largement préférable de « ne pas avoir ces données sur vous lorsque vous traversez certaines frontières », suggérant plutôt de les télécharger une fois à destination.

L'affaire pourrait aussi marquer un coup de pub pour GrapheneOS

GrapheneOS est un système d'exploitation mobile renforcé, axé sur la sécurité et la confidentialité. Il est basé sur Android Open Source Project (AOSP). GrapheneOS offre une sécurité améliorée sur certains appareils, notamment Google Pixel, les smartphones, les tablettes et les appareils pliables, grâce à des fonctionnalités comme le sandboxing sécurisé des applications, le démarrage vérifié et des mécanismes avancés de vérification des mises à jour.


Le développement de GrapheneOS a été suivi de près par les défenseurs de la vie privée et les chercheurs en sécurité en raison de sa position intransigeante sur la souveraineté des appareils et de son refus de faire des compromis en matière de chiffrement. Le développement est assuré par la Fondation GrapheneOS, une association canadienne à but non lucratif. L'auteur principal est Daniel Micay, un ancien membre du projet similaire CopperheadOS.

Mais face au durcissement des lois étatiques sur le contrôle d'Internet et la vérification de l'âge au niveau du système d'exploitation, GrapheneOS voit ses promesses de confidentialité mises à l'épreuve. Cette nouvelle affaire met en lumière la difficulté croissante liée à la protection de la vie privée des utilisateurs.

Le récent message de l’association suggère subtilement que les téléphones sous GrapheneOS peuvent résister aux perquisitions des forces de l’ordre sans que les utilisateurs aient à recourir à un mot de passe de contrainte. Pour l’instant, cette affaire pourrait constituer un coup de publicité pour GrapheneOS, qui propose une prise en charge officielle des appareils Google Pixel 6 à 10 débloqués. GrapheneOS prévoit la prise en charge d'autres appareils.

Sources : GrapheneOS (1, 2), billet de blogue

Et vous ?

Quel est votre avis sur le sujet ?
Que pensez-vous de la réaction de GrapheneOS dans cette affaire ?
Que pensez-vous du système d'exploitation mobile GrapheneOS ? Quid du mode de passe de contrainte ?
Que pensez-vous des allégations portées contre Samuel Tunick par les États-Unis ? Ces allégations sont-elles pertinentes ?
Les fonctionnalités de sécurité offertes par GrapheneOS sont désormais dans le viseur de certains pays ?
Quel impact l'issue de ce procès pourrait-elle avoir sur GrapheneOS et l'ensemble de l'industrie technologique ?

Voir aussi

Les États-Unis accusent un Américain d'avoir effacé le contenu de son téléphone à l'aide d'un « mot de passe de contrainte » GrapheneOS lors d'une fouille à la frontière, soulevant un débat sur la vie privée

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