Protéger les enfants contre la pédophilie en ligne nécessite-t-il d’affaiblir le chiffrement des applications de messagerie afin que les forces de l’ordre puissent mener leurs investigations ? La question divise. Elle reprend un coup de neuf suite à l’annonce de Meta de l’entame du déploiement du chiffrement de bout en bout sur Facebook Messenger et la prise de position de la National Crime Agency britannique selon laquelle cette décision de Meta entrave les efforts de protection des enfants. « Nous avons entamé le déploiement du chiffrement de bout en bout sur les conversations textuelles et les appels vidéos via Messenger et Facebook, ce qui les rend encore plus privés et sécurisés. Les conversations chiffrées de bout en bout offrent des fonctionnalités supplémentaires, notamment la possibilité de modifier les messages, une meilleure qualité de média et la disparition des messages. Nous avons conçu notre chiffrement de bout en bout sur la base de principes cryptographiques solides, tels que le protocole Signal et notre propre protocole dénommé Labyrinthe », annonce le géant technologique.
Y faisant suite, l'agence principale du Royaume-Uni de lutte contre le crime organisé, le trafic d'êtres humains, le trafic d'armes et le trafic de drogues, le cybercrime et la criminalité économique (National Crime Agency) a fait savoir sa déception de voir Meta se positionner en entrave à la lutte pour la protection des enfants contre les pédophiles en ligne :
« Il est extrêmement décevant que Meta choisisse de déployer le chiffrement de bout en bout sur Facebook Messenger. Ils ont une responsabilité importante pour assurer la sécurité des enfants sur leur plateforme et malheureusement, cela ne sera plus possible.
Aujourd'hui, notre rôle dans la protection des enfants contre les abus et l'exploitation sexuels est devenu plus difficile.
Depuis des années, Meta soutient les forces de l'ordre en identifiant et en signalant les cas d'abus sexuels commis sur des enfants au centre national pour les enfants disparus et exploités aux États-Unis, comme la loi américaine leur en fait l'obligation.
Les agents de la NCA et nos partenaires de la police travaillent jour après jour pour analyser ces rapports et faire avancer les enquêtes. Ensemble, nous protégeons 1 200 enfants et arrêtons environ 800 suspects chaque mois.
Malheureusement, ce travail important est désormais menacé. En raison des choix de conception de Meta, l'entreprise ne sera plus en mesure de voir l'infraction commise sur sa plateforme de messagerie, et les forces de l'ordre ne pourront plus obtenir cette preuve auprès d'elle.
Ce problème ne disparaîtra pas ; au contraire, il risque de s'aggraver. Les délinquants continueront d'utiliser Facebook Messenger pour envoyer des contenus illégaux et se serviront de l'énorme quantité de données partagées sur la plateforme concernant les enfants pour sélectionner et préparer de futures victimes.
Les mesures de sécurité alternatives développées par l'entreprise et reposant sur les seules métadonnées ne produiront que rarement, voire jamais, des preuves suffisantes pour obtenir un mandat de perquisition. Cela signifie qu'en pratique, les volumes seront si importants qu'ils n'auront probablement que très peu de valeur.
Il ne devrait pas incomber entièrement aux enfants de signaler les abus. La NCA, avec ses partenaires au Royaume-Uni et à l'étranger, continuera à faire tout ce qui est en son pouvoir pour protéger les enfants et identifier les délinquants. »
La NCA fait partie d’un consortium de 15 organismes d’application de la loi de par le monde parmi lesquels on compte le FBI. Au mois d’Avril de l’année en cours, le groupe d’organismes a demandé à Meta d'annuler son projet d'extension de l'utilisation du chiffrement de bout en bout. Motif : les terroristes, les trafiquants sexuels, les pédophiles et autres criminels s’appuieront sur le chiffrement pour échapper aux forces de l'ordre.
La question divise même au niveau des Etats avec certains pour l’affaiblissement du chiffrement afin de lutter contre la pédopornographie et d’autres contre
L’Espagne a récemment déclaré que le chiffrement de bout en bout devrait être totalement interdit par la loi. Cette position est extrême et rare pour un gouvernement démocratique en 2023. Les autorités chargées de l’application de la loi et d’autres représentants du gouvernement soulignent généralement l’importance du chiffrement de bout en bout avant de proposer des moyens de l’affaiblir ou de le compromettre.
Les arguments typiques des services répressifs contre le chiffrement sont également repris par l’Espagne : les services répressifs doivent pouvoir continuer à faire leur travail, il est « impératif » qu’ils aient accès aux données (pour lesquelles ils disent également qu’il devrait y avoir des obligations de conservation des données) et « la capacité de les analyser », « quelle que soit l’importance du volume ». En d’autres termes, ils veulent...
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