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Glasshole 2.0 : la décision de Meta de partager avec des tiers des images intimes filmées par ses lunettes Ray-Ban suscite des craintes plus alarmantes que celles qui ont provoqué l'échec des Google Glass

Le , par Mathis Lucas

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Glasshole 2.0 : la décision de Meta de partager avec des tiers des images intimes filmées par ses lunettes Ray-Ban suscite des craintes plus alarmantes que celles qui ont provoqué l'échec des Google Glass

Les lunettes connectées Ray-Ban de Meta ont été l'un des grands succès technologiques de l'année écoulée. Meta a indiqué en avoir vendu 7 millions d'unités, soit environ 6 millions de plus que l'année précédente. Mais ce succès retentissant pourrait rapidement voler en éclats en raison d'une énorme bourde de Meta : il s'avère que Meta utilise des vidéos de personnes nues filmées par ses lunettes pour entraîner son IA. De nombreuses vidéos, privées et intimes, filmées accidentellement auraient été incorporées dans ses données d'entraînement, une révélation qui a déclenché un tollé. Ce scandale menace de faire s'effondrer les ventes des Ray-Ban.

Une enquête publiée en février a révélé que des travailleurs de Sama, un sous-traitant de Meta basé au Kenya, visionnent des vidéos captées par les lunettes connectées Ray-Ban dans le cadre de missions d'annotation de données pour l'IA de Meta. Plus de 30 employés ont été interrogés à divers niveaux de Sama. Certaines des personnes interrogées dans le cadre de l'enquête ont travaillé sur d'autres projets que les lunettes connectées de Meta.

Selon le rapport, les enregistrements envoyés au sous-traitant SAMA contenaient des éléments que la plupart des gens auraient probablement préféré garder privés, notamment des vidéos de personnes regardant du porno, utilisant les toilettes, ainsi que des informations bancaires et de carte de crédit. Les répondants ont déclaré avoir vu des images filmées montrant des personnes en train « d'avoir des relations sexuelles et d'utiliser les toilettes ».

Le scandale des vidéos intimes filmées par les lunettes Ray-Ban

« Nous voyons tout, des salons aux corps nus. Il y a aussi des scènes sexuelles filmées avec des lunettes intelligentes, quelqu'un les porte pendant qu'il a des relations sexuelles », aurait confié l'un des employés de Sama. « Dans certaines vidéos, on peut voir quelqu'un aller aux toilettes ou se déshabiller. Je ne pense pas qu'ils en soient conscients, car s'ils le savaient, ils ne filmeraient pas ». Mais les problèmes de confidentialités ne s'arrêtent pas là.


« J'ai vu une vidéo dans laquelle un homme pose ses lunettes sur la table de chevet et quitte la pièce. Peu après, sa femme entre et se change », a déclaré un travailleur anonyme de Sama. Un autre employé anonyme a déclaré avoir vu les partenaires des utilisateurs des lunettes Ray-Ban sortir nus des toilettes.

Un travailleur a ajouté qu'il se sentait obligé de regarder et d'annoter, sous peine de perdre son emploi. « Vous comprenez que vous regardez la vie privée de quelqu'un, mais en même temps, on attend simplement de vous que vous fassiez votre travail. Vous n'êtes pas censé poser de questions. Si vous commencez à poser des questions, vous êtes viré ». Les données annotées sont utilisées par Meta pour former ses grands modèles de langage (IA).

Glasshole 2.0 : l'intrusion flagrante de Meta dans la vie privée

Les lunettes connectées ont une histoire résumée par un terme péjoratif emblématique : « glasshole ». Lorsque Google a lancé ses lunettes connectées Google Glass en 2013, les choses ne se sont pas déroulées comme prévu. L'ascension et la chute ont été rapides, et le concept a été presque catégoriquement rejeté par les consommateurs, qui estimaient que le fait de porter une caméra discrète constituait une atteinte à la vie privée de chacun.

Les bars et les restaurants ont interdit l'appareil, les détracteurs du gadget ont surnommé toute personne qui en portait une paire « glasshole », et bien que l'expérience n'ait été officiellement abandonnée qu'en 2023, les Google Glass ont été retirés du marché en 2015, deux ans seulement après leur lancement.

En bref : les Google Glass ont été un véritable fiasco, et elles ont rendu le secteur des lunettes connectées presque tabou, par crainte d’une levée de boucliers sur la question de la vie privée et de la confidentialité. De nos jours, la situation a quelque peu évolué. Les lunettes connectées, qui étaient autrefois immédiatement rejetées comme un cauchemar pour la vie privée, se sont en fait révélées commercialisables pour certains nouveaux acteurs.

Cela s'explique en partie par le fait que Meta a réussi à créer un modèle qui ne détonne pas sur la tête, et en partie par le fait que nos attentes en matière de confidentialité numérique se sont érodées au cours de la dernière décennie à cause de tout un tas de produits très invasifs (aspirateurs connectés, enceintes connectées et d'autres gadgets de l'Internet des objets (IdO)). Mais l'affaire des vidéos privées rouvre exactement les mêmes plaies.

Le succès des Ray-Ban de Meta pourrait rapidement s'effondrer

Meta avait l’occasion de redéfinir les attentes vis-à-vis des lunettes connectées et de faire les choses différemment. Cela n’allait certes pas résoudre les problèmes de confidentialité inhérents au fait de porter une caméra discrète sur le visage, mais l’entreprise aurait au moins pu essayer de ne pas les aggraver en utilisant des vidéos de nus pour entraîner l’IA. Meta a provoqué un autre scandale à cause de sa collecte de données pour ses modèles.

Selon certains analystes, Meta pourrait se diriger à toute vitesse vers le même sort que les Google Glass, et la levée de boucliers est palpable. Ces allégations ont notamment donné lieu à un recours collectif intenté contre Meta et Luxottica of America, une filiale de la société mère des lunettes connectées Ray-Ban, EssilorLuxottica. Le recours conteste le slogan de Meta pour ces lunettes, « conçues pour la confidentialité, contrôlées par vous ».

Citation Envoyé par Extrait de la plainte

Aucun consommateur raisonnable ne comprendrait que les promesses telles que « conçu pour la confidentialité, contrôlé par vous » et « conçu pour votre confidentialité » signifient que des images profondément personnelles prises à l'intérieur de leur domicile seraient visionnées et cataloguées par des employés à l'étranger. Meta a choisi de placer la confidentialité au cœur de sa campagne marketing omniprésente tout en dissimulant les faits qui révèlent que ces promesses sont fausses.
L'action allègue que Meta a enfreint les lois étatiques sur la protection des consommateurs et réclame des dommages-intérêts, des sanctions punitives et une injonction obligeant l'entreprise à modifier ses pratiques commerciales. Meta (anciennement Facebook), dont le modèle économique repose largement sur l’exploitation des données des utilisateurs de ses plateformes, est loin de faire figure de référence en matière de protection de la vie privée.

Une riposte s'organise et implique des organisations comme l'EFF

L'Electronic Frontier Foundation (EFF) a publié une déclaration concernant les lunettes connectées, mettant en garde toute personne ayant le moindre souci de confidentialité numérique contre leur achat. Et il ne s'agit pas seulement de groupes de défense ; des interdictions pures et simples se profilent, notamment de la part d’une compagnie de croisière populaire et du College Board, qui classe ces lunettes intelligentes parmi les outils de tricherie.


Si la contestation n'a pas encore atteint son paroxysme, elle s'oriente clairement dans cette direction, et Meta, pour sa part, n'a même pas pris acte de ces préoccupations, sans parler de tenter d'y répondre de manière constructive. D'un côté, cela n'a rien de surprenant. Meta est une entreprise qui s'est fait un nom en s'appropriant les données des utilisateurs, souvent au détriment des personnes qui ont rendu ses services précieux au départ.

D'un autre côté, cela semble d'une certaine manière encore plus irrespectueux que d'habitude. Meta parie peut-être sur le fait que la réputation de ses lunettes connectées, considérées comme une menace pour la vie privée, finira par s'estomper, et que les consommateurs continueront à utiliser ses produits comme d'habitude. Cela a largement fonctionné avec Facebook et Instagram ; pourquoi les lunettes connectées seraient-elles donc différentes ?

Mais les Ray-Ban ne sont pas des réseaux sociaux, et le fait est que les lunettes connectées restent un objet que très peu de gens possèdent et dont encore moins de gens ressentent le besoin. Du point de vue des consommateurs, les lunettes connectées sont vulnérables et faciles à écarter. Si les gens décidaient demain qu’ils ne voulaient pas acheter une paire fabriquée par Meta ou par une autre marque, les ventes s'effondreraient rapidement.

Ray-Ban : une infrastructure discrète de surveillance de masse

Meta a vendu plus de 7 millions d'unités de ses lunettes connectées Ray-Ban rien que l'année dernière. Ce qui signifie que plus 7 millions de dispositifs discrets capables de capter images et sons circulent désormais dans la nature, avec les risques évidents que cela pose pour la vie privée. Aucune loi fédérale sur la reconnaissance faciale n'est actuellement en vigueur et les garde-fous de Meta n'empêchent pas les potentiels abus de son gadget.

Les préoccupations soulevées par l’EFF s’inscrivent dans une controverse déjà bien documentée concernant les pratiques de Meta en matière de données. Face à cette accumulation de critiques, Meta a choisi la voie du silence. Il n'a ni reconnu les inquiétudes soulevées ni tenté d'y répondre de façon significative.

La politique de confidentialité de Meta pour les appareils portables stipule que les photos et vidéos prises avec ses lunettes Ray-Ban sont envoyées à Meta « lorsque vous activez le traitement cloud, interagissez avec le service Meta AI sur vos lunettes ou téléchargez vos médias vers certains services fournis par Meta (comme Facebook). Vous pouvez modifier vos choix concernant le traitement cloud de vos médias à tout moment dans les paramètres ».

Certes, Meta se couvre légalement via ses conditions d'utilisation. Mais le problème dépasse ce cadre : une partie de ces vidéos envoyées aux examinateurs humains (les employés du sous-traitant Sama) auraient été enregistrées accidentellement, ce qui signifie que même un utilisateur ayant lu attentivement les conditions générales d'utilisation n'aurait pas pu éviter que ses moments les plus intimes tombent sous les yeux d'un inconnu.

Et vous ?

Quel est votre avis sur le sujet ?
Que pensez-vous des problèmes de confidentialité liés aux lunettes Ray-Ban de Meta ?
Les ventes des lunettes Ray-Ban de Meta risquent-elles de s'effondrer à la suite de ces révélations ?
Les lunettes connectées sont perçues comme une infrastructure discrète de surveillance de masse. Qu'en pensez-vous ?

Voir aussi

Lunettes Ray-Ban de Meta : une infrastructure de surveillance de masse portée par sept millions de personnes, des sous-traitants ont accès aux images et Meta prépare la reconnaissance faciale en temps réel

Pensez-y deux fois avant d'acheter ou d'utiliser les Ray-Ban de Meta : si vous envisagez d'acheter des lunettes connectées, vous ne serez pas le seul à pouvoir voir et entendre vos enregistrements, selon l'EFF

Des sous-traitants révèlent avoir vu des images filmées avec les lunettes Ray-Ban Meta montrant des personnes aux toilettes. Meta est accusée d'avoir « dissimulé la vérité » sur la vie privée des utilisateurs
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Avatar de OrthodoxWindows
Membre expert https://www.developpez.com
Le 03/05/2026 à 18:23
En résumé, les lunettes connectés permettent à l'entreprise derrière (ici Meta) d'espionner tout la vie de celui qui les porte, porteur pouvant lui-même violer la vie privée de ceux qu'il regarde en les filmant à leur insu.

C'est donc un danger à tous les étages, je ne voit aucun avantage à de telles merdes
Merdes qui rejoindront probablement, avec les multiples objets connectés domotique, les "amis ou petits/amis IA" les "robots compagnon pour personnes âgés" la décharge numérique.
De manière général, il faut que les gens n'ai plus le choix d'utiliser un objet invasif pour qu'il soit massivement adopté, encore heureux...
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Avatar de totozor
Expert confirmé https://www.developpez.com
Le 11/06/2026 à 15:48
Citation Envoyé par Mathis Lucas Voir le message
Cette règle cherche à protéger la vie privée des citoyens en interdisant toute capture audio ou ou vidéo dissimulée
Ce qu'elle ne fait pas en fait.
Que se passe-t-il si je croise quelqu'un qui a des lunettes avec ladite lumière allumée et que je ne veux pas être filmé?
Je lui signale? J'ai déjà été filmé, il en fait ce qu'il veut. le mal est potentiellement déjà fait, mon image peut déjà être stockée et analysée.
J'évite de passer dans son champ de vision? Le monde est un nouveau escape game où le but est d'éviter d'être filmé par tout un chacun?
Nous sommes en 2026, la notion de consentement a été largement maturée depuis mon enfance et on sait tous que "qui en dit mot consent" est inexact.
Nous nous rapprochons lentement mais surement de 1984.

Cette lumière n'est en rien une protection, c'est juste un moyen de te signaler que ton consentement n'a pas été respecté.
En agissant ainsi, les autorités souhaitent limiter les dérives liées à la surveillance clandestine sans le consentement des personnes filmées.
La surveillance clandestine... Non consentie...
On est pas en train de se répéter. La surveillance clandestine est par essence non consentie.
Mais on nous fait croire que l'enjeu c'est la lumière.
Alors que l'enjeu c'est les lunettes en elle même.
Concentrez vous sur la lumière, oubliez la caméra qu'elle signale. Tout va bien... Faites moi confiaaance.
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Avatar de shenron666
Expert confirmé https://www.developpez.com
Le 04/05/2026 à 15:54
Mark Zuckerberg est complètement déconnecté de la vie réelle des humains moyens majoritaires dans ce monde de fous
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Avatar de Fagus
Membre expert https://www.developpez.com
Le 05/05/2026 à 11:11
Citation Envoyé par OrthodoxWindows Voir le message
En résumé, les lunettes connectés permettent à l'entreprise derrière (ici Meta) d'espionner tout la vie de celui qui les porte, porteur pouvant lui-même violer la vie privée de ceux qu'il regarde en les filmant à leur insu...
Et méta s'inscrit dans la lignée du capitalisme le plus sale en considérant ses salariés comme des externalités corvéables à merci et jetables.
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Avatar de Access_to_folder
Nouveau Candidat au Club https://www.developpez.com
Le 09/06/2026 à 22:15
Des reconnaissances faciales se pratiquaient déjà du temps de Picasa.. même si celle ci était plus évoluée et recoupait avec des empreintes sur un serveur central selon l'article.

Une crainte similaire n'a pas été pour le smartphone (et assimilés : tablettes, montres connectées...), pourtant constituant là aussi suivant le paramétrage et l'applicatif installé des "cas d'usages abusifs". Qui éteint maintenant son smartphone avant de rentrer chez quelqu'un de demande ensuite préalablement l'autorisation de l'allumer tel on fait avec les cigarettes ? Outre être malpoli, cela peut poser des problèmes de non recueil de consentement préalable (reconnaissance vocale d'un habitant non consentant...).
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