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Des médias iraniens allèguent que les USA ont fait usage de portes dérobées dans des équipements réseau de fabrication américaine pour entraver les frappes militaires de l'Iran lors de moments critiques.

Le , par Patrick Ruiz

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Des médias iraniens allèguent que les USA ont fait usage de portes dérobées dans des équipements réseau de fabrication américaine pour entraver les frappes militaires de l’Iran lors de moments critiques.

Selon des informations relayées par les médias d'État iraniens, des équipements réseau de fabrication américaine ont cessé de fonctionner à des moments critiques lors de frappes militaires. Ces allégations, qui n'ont pas pu être vérifiées de manière indépendante, font état de pannes simultanées sur des routeurs et des commutateurs fabriqués par Cisco, Fortinet, Juniper Networks et MikroTik lors d'attaques contre des infrastructures iraniennes.

Selon des informations publiées par l'agence de presse iranienne Fars, ces perturbations se sont produites alors que les forces américaines menaient des frappes contre des sites situés dans la province iranienne d'Ispahan. Des appareils se seraient déconnectés ou redémarrés alors même que le pays avait largement coupé sa connexion à l'Internet mondial. Les responsables iraniens ont affirmé que ce timing était intentionnel, laissant entendre la présence de vulnérabilités intégrées ou de logiciels malveillants dormants au sein des équipements.

Selon des sources iraniennes, ces pannes n'ont pas pu résulter de cyberattaques à distance classiques, compte tenu de l'isolement du pays par rapport aux réseaux extérieurs pendant les frappes. Elles évoquent plutôt des scénarios impliquant l'insertion préalable de code dans le micrologiciel ou l'activation de portes dérobées capables de provoquer des perturbations sans connexion externe.

Depuis le début du conflit, les autorités ont imposé un blocage quasi total d'Internet. Seul un groupe restreint d'utilisateurs autorisés pouvait y accéder. Cet isolement est l'une des raisons pour lesquelles il est difficile de vérifier les allégations faisant état de pannes matérielles coordonnées.

Cet isolement met en sus en évidence la décision de l'Iran de mettre en place une architecture réseau centralisée et contrôlable, qui limite l'influence étrangère et renforce la surveillance intérieure. L'inconvénient d'une telle approche centralisée est qu'elle comporte un risque de points de défaillance uniques.



De l’espionnage de masse à la cyberguerre il n’y a qu’un facilitateur : l’introduction de dispositifs de surveillance dans le matériel informatique. Et le passé est riche en épisodes permettant d’établir que les Etats-Unis sont très actifs en la matière.

C’est à la faveur d’alertes d’Edward Snowden dès 2013 que les programmes de surveillance de masse des USA ont été mis à nu. En 2017, Intel avait dû sortir de sa réserve en ce qui concerne le moteur d’administration (ME) sur les cartes mères d’ordinateurs livrés avec des processeurs sortis après 2008. La firme reconnaissait que ce microcontrôleur (ME), la plateforme de configuration à distance des serveurs à base de processeur Intel (SPS) et le moteur d’exécution fiabilisé (TXE) exhibent des failles.

Les failles sont liées au firmware contenu dans lesdits composants. Elles permettent à un administrateur système qui opère à distance ou à des processus malicieux d’exécuter du code à l’insu du système d’exploitation principal sur un ordinateur cible. Mark Emolov et Maxim Goryachy de la firme de sécurité Positive Technologies avaient entre autres mis en exergue le fait que le moteur d’administration dispose d’un accès exclusif à certaines régions de la mémoire vive.

Les failles permettent en sus l’extraction furtive d’informations sensibles, ce, à distance. La présence de ce composant sur les cartes mères d’ordinateurs est donc la porte ouverte à l’installation de logiciels espions et autres rootkits. D’après les chercheurs de la firme de sécurité Positive Technologies, il s’agit d’une porte dérobée qui serait réservée à des agences gouvernementales américaines comme la NSA.

L’on ne saurait évoquer les actions des Five Eyes et affiliés sans rappeler l’affaire Crypto AG qualifiée de coup d’État du siècle en matière de renseignement par le Washington Post et le diffuseur allemand ZDF.

Crypto AG, une entreprise suisse qui a fait ses preuves en mettant sur pied des dispositifs de chiffrement pour l'armée américaine pendant la Seconde Guerre mondiale, en a également fourni, après guerre, à plus de 120 pays qui n'étaient pas au courant de sa collusion avec les services de renseignement américains et allemands. La société a appartenu pendant des décennies à la CIA et à l'agence de renseignement allemande – le BND. Ceci a permis à la CIA, à la NSA et aux services de renseignement allemands de lire les communications les plus sensibles de la plupart des pays à l’exception de la Chine et de la Russie. En fait, des clients de Crypto AG parmi lesquels on liste l’Iran, les juntes militaires d’Amérique du Sud, les rivaux nucléaires indiens et pakistanais et même le Vatican ont fait confiance à l’entreprise pendant près d’un demi-siècle pour garder secrètes les communications de leurs espions, soldats et diplomates.

« Mais ce qu'aucun de ses clients n'a jamais su, c'est que Crypto AG appartenait à la CIA dans le cadre d'un partenariat hautement secret avec les services de renseignement ouest-allemands. Ces agences d'espionnage ont truqué les appareils de l'entreprise afin de pouvoir facilement casser les codes que les pays utilisaient pour envoyer des messages chiffrés. Cet arrangement, qui dure depuis des décennies et qui compte parmi les secrets les plus étroitement gardés de la guerre froide, est mis à nu dans un historique classifié et complet de l'opération », avait rapporté le Washington Post.



Tout part d’une première poignée de main entre les services de renseignement américains et Crypto AG en 1951. L’entente appelait Benoit Hagelin (fondateur de Crypto AG) à restreindre les ventes des dispositifs de chiffrement les plus sophistiqués de son entreprise à des pays sur une liste approuvée par les USA. Ceux absents de cette dernière recevraient alors des systèmes au chiffrement plus aisé à casser. Hagelin serait indemnisé pour ses ventes perdues à hauteur de 700 000 dollars d’avance. Dès 1960, l’entente fait l’objet de renouvellement pour 855 000 dollars ; une somme qui se déclinera en honoraires évalués à 70 000 $ par an et en suppléments de 10 000 $ pour des dépenses marketing. D’autres services de renseignement dont ceux de France et d’Allemagne de l’Ouest auraient été mis au courant de l’entente entre les USA et l’entreprise suisse. Ceci, en 1967, a amené Français et Allemands de l’Ouest à se rapprocher de Crypto AG pour tenter un rachat. Le fondateur refuse et fait remonter l’offre à la CIA qui rachètera finalement l’entreprise en 1970, en tandem avec le BND pour 5,75 millions de dollars.

Les services de renseignement américains et ouest-allemands ont ainsi pu surveiller la crise des otages à l’ambassade américaine de Téhéran en 1979, fournir des informations sur l’armée argentine au Royaume-Uni pendant la guerre des Malouines, suivre les campagnes d’assassinats des dictateurs sud-américains et surprendre des responsables libyens se féliciter après l’attentat contre la discothèque la Belle à Berlin-Ouest en 1986 (bilan : deux soldats américains décédés).

Les services de renseignement ouest-allemands se sont désengagés de l’accord dès la fin des années 1970 et s’en sont totalement retirés au moment de la réunification de leur pays. Ils ont procédé à la revente de leurs parts à la CIA qui est demeurée seul maître à bord du navire jusqu’en 2018 – période à laquelle elle a revendu l’entreprise. « Crypto avait perdu de son importance sur le marché mondial de la sécurité du fait de la diffusion massive d’une technologie de chiffrement fort dorénavant accessible sur les smartphones », avait rapporté le Washington Post en guise d’analyse de la manœuvre.

L’ancien coordinateur du renseignement allemand, Bernd Schmidbauer, avait confirmé à la ZDF l’existence de cette opération estimant qu’elle avait permis « de rendre le monde un peu plus sûr. »

Grosso modo, plus de cent pays se sont appuyés sur Crypto AG pour entrer en possession de dispositifs de chiffrements truqués au profit des USA et des services de renseignement ouest-allemands pendant près de quatre décennies.

C’est dire l’étendue de la surveillance dont les populations sont les cibles de la part des Five Eyes et affiliés. L’organisation travaille à étendre son influence. Avec des pays comme Israël, le Japon, la Corée du Sud et Singapour qui souhaitent tous rejoindre ce consortium et obtenir une part des renseignements, les droits des personnes à la vie privée sont plus menacés que jamais.



Les mêmes Etats-Unis interdisent les équipements de télécommunications de Huawei et ZTE pour des raisons de sécurité nationale

Les équipements de télécommunications sont toujours interdits aux USA et les restrictions se sont même intensifiées au début de l’année 2026 et les restrictions se sont même intensifiées début 2026 aux États-Unis. La politique américaine visant à exclure les fournisseurs chinois jugés à risque pour la sécurité nationale, tels que Huawei, ZTE, Hikvision, Dahua et Hytera, reste en vigueur et s'applique aux nouveaux équipements.

En 2022, La FCC (régulateur américain des télécoms) interdit l'homologation de tout nouveau matériel de télécommunications et de vidéosurveillance provenant de ces entreprises chinoises, ce qui empêche leur importation et leur vente.

En mars 2026, la FCC a étendu cette interdiction aux routeurs grand public produits à l'étranger (notamment chinois). De nouvelles mesures sont proposées pour interdire également les équipements approuvés avant 2022 qui sont encore importés.

Les principales entreprises de télécommunications chinoises (China Telecom, China Unicom, China Mobile) se sont vu retirer ou refuser leurs autorisations d'opérer sur le territoire américain. Les États-Unis ont mis en place des programmes pour subventionner le remplacement des équipements Huawei et ZTE déjà installés dans les réseaux américains, bien que le financement initial soit insuffisant.

Source : Agence FARS

Et vous ?

Que pensez-vous de la situation actuelle du monde en matière d’espionnage de masse et de cyberguerre ? Les choses auraient-elles pu être différentes ? A quelles conditions ?

Voir aussi :

La CIA et le renseignement allemand ont acheté un vendeur de dispositifs de chiffrement à travers le monde ce qui leur a permis d'espionner une centaine de pays pendant 40 ans
Les États-Unis assurent avoir des preuves que Huawei peut espionner les réseaux de télécommunications intégrant le matériel qu'il vend et avoir partagé ces preuves avec le Royaume-Uni et l'Allemagne
La CIA livre plus de détails sur son drone de surveillance en forme de libellule développé dans les années 70 pendant la guerre froide
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Avatar de Anselme45
Membre extrêmement actif https://www.developpez.com
Le 22/04/2026 à 15:45
Citation Envoyé par Ryu2000 Voir le message

On ne peut pas avoir confiance dans un switch US, un processeur US, une antenne US, un smartphone US.
Vous pensez pouvoir faire plus confiance aux infrastructures de communication venues de Chine?

Il ne nous reste plus que les solutions européennes... Ah mais non! Il n'y a plus de produits made in Europe avec des composants made in Europe!

C'est bête, hein? II ne nous reste plus qu'à choisir par qui on veut être espionné de manière privilégiée
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Avatar de
https://www.developpez.com
Le 22/04/2026 à 17:15
Citation Envoyé par Ryu2000 Voir le message
Ce genre de système de surveillance est surtout problématique en temps de guerre et la probabilité d'être un jour en guerre contre la Chine est plus élevé que celle d'être un jour en guerre contre les USA
Je tiens à vous signaler que ce sont les États-Unis qui ont récemment menacé de prendre le Groenland par la force ou d’annexer le Canada.

Les probabilités c'est bien, mais les faits, c'est encore mieux.
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Avatar de Ryu2000
Inactif https://www.developpez.com
Le 22/04/2026 à 14:00
Citation Envoyé par Patrick Ruiz Voir le message
Que pensez-vous de la situation actuelle du monde en matière d’espionnage de masse et de cyberguerre ? Les choses auraient-elles pu être différentes ? A quelles conditions ?
Le gouvernement US force les fabricants de hardware (même AMD ) à intégrer des portes dérobées.
On ne peut pas avoir confiance dans un switch US, un processeur US, une antenne US, un smartphone US.

Vous vous rappelez de Meldown et Spectre ?
Si ça se trouve c'était des portes dérobées pour la NSA.

Les services de surveillance US ont accès à nos données personnelles (par exemple si t'as un compte Google ou Hotmail, si t'utilises un téléphone US, si t'utilises un système d'exploitation US).

Espionnage : le gouvernement américain a-t-il tenté d’intégrer un backdoor dans Linux ? La réponse de Linus Torvalds laisse planer le doute

====
J’espère que toutes ces portes dérobées se retourneront contre le gouvernement US.
Quand t'introduis une faille, il est possible que d'autres l'exploitent.
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Avatar de
https://www.developpez.com
Le 23/04/2026 à 22:04
Citation Envoyé par Ryu2000 Voir le message
Quand l'économie est tout en bas, ça fini par produire une grande guerre.
Ne t’inquiète pas, quand la troisième guerre mondiale commencera, tu seras probablement déjà trop vieux pour comprendre ce qui se passe. Et moi je la regarderai tranquille depuis le paradis ou l'enfer

Citation Envoyé par Ryu2000 Voir le message

Si les USA envahissaient le Danemark, rien ne dit que les armées des Nations européennes interviendraient.

Rien ne le dit ?

Budget militaire annuel du Danemark : 10 milliards de dollars.
Budget militaire annuel cumulé de tous les pays européens : 400 milliards de dollars.
Budget militaire annuel des États-Unis : 900 milliards de dollars.

Tout est dit.
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Avatar de Ryu2000
Inactif https://www.developpez.com
Le 23/04/2026 à 8:06
Citation Envoyé par alvi392 Voir le message
Les probabilités c'est bien, mais les faits, c'est encore mieux.
Pourvu qu'on se retrouve contre les USA lors de la prochaine guerre mondiale.
On peut douter de tout, mais pas du fait qu'il y aura une troisième guerre mondiale. C'est une étape obligatoire dans un système capitaliste. Quand l'économie est tout en bas, ça fini par produire une grande guerre.

Si les USA envahissaient le Danemark, rien ne dit que les armées des Nations européennes interviendraient.
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Avatar de Ryu2000
Inactif https://www.developpez.com
Le 22/04/2026 à 15:57
Citation Envoyé par Anselme45 Voir le message
Vous pensez pouvoir faire plus confiance aux infrastructures de communication venues de Chine?
Oui.

Citation Envoyé par Anselme45 Voir le message
Il ne nous reste plus que les solutions européennes...
Ouais bof, je n'ai pas confiance en eux non plus...
Et les USA peuvent infiltrer les projets de l'UE de toute façon.

Bon après vous allez dire "Ce genre de système de surveillance est surtout problématique en temps de guerre et la probabilité d'être un jour en guerre contre la Chine est plus élevé que celle d'être un jour en guerre contre les USA".
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