Un projet de loi vise à rendre obligatoire un témoin lumineux lors des enregistrements, tandis que des bricoleurs clandestins proposent déjà de le masquer sur les lunettes connectées de MetaUne proposition de loi en Pennsylvanie vise à encadrer l'usage des lunettes connectées en imposant la présence obligatoire d'un témoin lumineux lors des enregistrements. Cette règle cherche à protéger la vie privée des citoyens en interdisant toute capture audio ou ou vidéo dissimulée, tout en punissant la désactivation intentionnelle de ces indicateurs visuels. Cette initiative intervient alors que des rapports inquiétants signalent des techniques de modification matérielle artisanales pour contourner les protections existantes. En agissant ainsi, les autorités souhaitent limiter les dérives liées à la surveillance clandestine sans le consentement des personnes filmées.
Face aux inquiétudes concernant le respect de la vie privée, le représentant démocrate Joe Ciresi, de l'État de Pennsylvanie, a introduit le projet de loi 2603 visant à réglementer strictement les lunettes connectées. Cette technologie est perçue comme une infrastructure de surveillance de masse désormais portée par sept millions de personnes. Des propriétaires ont discrètement filmé des personnes et diffusé la vidéo en ligne pour faire du chantage.
Ce texte propose d'interdire à à tout individu l'utilisation d'un appareil d'enregistrement portable pour capturer du son ou de la vidéo à l'insu des personnes présentes. Il institue aussi un régime de sanctions applicable en cas de manquement aux règles. La proposition de loi exige que toutes les lunettes connectée fabriquées, vendues et utilisées dans l'État soient obligatoirement dotées d'un indicateur visuel signalant qu'un enregistrement est en cours.
La proposition du représentant Joe Ciresi impose également de nouvelles responsabilités aux détaillants, qui seraient tenus d'informer clairement les utilisateurs des lois en vigueur en Pennsylvanie concernant les enregistrements. Par ailleurs, le projet de loi interdit formellement de désactiver l'indicateur visuel, que ce soit de façon permanente ou temporaire, bien que les sanctions applicables en cas d'infraction ne soient pas encore précisées.
Le contexte technologique et les dérives actuelles
À l'heure actuelle, la grande majorité des lunettes connectées commercialisées, telles que les modèles Ray-Ban Meta AI, possèdent déjà une LED verte frontale qui s'illumine lors de la capture d'images ou de vidéos. Toutefois, aucune législation n'oblige actuellement au maintien de ces dispositifs de confidentialité. Cette lacune juridique a récemment permis l'émergence de pratiques inquiétantes, et particulièrement à des cas de chantage alarmants.
Une femme faisant ses courses à Londres a récemment été victime d'un nouveau type de cybercriminalité impliquant des lunettes connectées équipées de caméras. Un homme portant ce gadget discret l'a filmée secrètement, puis a diffusé la séquence sur les réseaux sociaux, où elle a généré des dizaines de milliers de vues. Dans une enquête publiée récemment, la BBC a rapporté que la vidéo a été visionnée environ 40 000 fois à la date du 7 mai.
L'aspect le plus alarmant de cette affaire réside dans le fait que l'individu aurait ensuite exigé de l'argent pour supprimer la vidéo, qualifiant cet acte de « service payant ». Bien que l'auteur des faits nie toute tentative d'extorsion, ce cas marque une escalade dans l'utilisation malveillante de ces technologies, allant au-delà de la simple captation d'images sans consentement. C'est une nouvelle alerte sur les dangers de ces gadgets pour la vie privée.
Identifiée sous le pseudonyme d'Alice, la femme a déclaré qu'elle n'avait aucune idée qu'elle était filmée. « Il n’avait pas de téléphone, il ne braquait pas d’appareil photo directement sur mon visage », a-t-elle déclaré. « Il a le fichier, ce qui me met toujours mal à l’aise. Je me sens tout simplement impuissante ».
Certains médias ont rapporté que des individus paient pour faire retirer la lumière de confidentialité de leurs lunettes connectées avec une perceuse ou la recouvrent avec des autocollants en vinyle conçus pour tromper les capteurs de l'appareil. Cette législation intervient donc à un moment charnière, alors que la méfiance grandit autour des enregistrements dissimulés et des projets de Meta d'intégrer la reconnaissance faciale à ses lunettes.
Le défi de la vie privée et les limites techniques de gadget
La BBC a identifié des comptes gérés par le même homme sur YouTube, Instagram et Threads. L'intéressé a déclaré au média que la mention de « service payant » concernait les demandes de modification de contenu, et non les demandes de suppression de données personnelles. TikTok a banni son compte pour violation des règles. Le Dr Beatriz Kira, de l’université du Sussex, à Brighton, a appelé les plateformes à « s’attaquer à la racine du problème ».
La professeure Clare McGlynn, de l’université de Durham, a déclaré que ce comportement « ne correspondait pas à un chantage classique ». Elle a noté qu’ici, « l’homme refusait de retirer quelque chose, à moins que la victime ne lui verse de l’argent, ce qui constitue une menace pour cette victime ». Un porte-parole du gouvernement a déclaré que « filmer et partager du contenu sans consentement est ignoble et ne sera pas toléré ».
Un amendement au projet de loi sur la criminalité et les services de police, annoncé le 19 février 2026, obligerait les plateformes à supprimer les images intimes non consenties dans un délai de 48 heures, sous peine d’amendes pouvant atteindre 10 % de leur chiffre d’affaires mondial éligible.
Cette mesure n’était pas encore en vigueur lorsque la vidéo d’Alice a été diffusée. Le Bureau du commissaire à l’information (ICO) a écrit à Meta en mars 2026 après que des informations ont révélé que des sous-traitants avaient visionné des images intimes capturées à l’aide des lunettes connectées Ray-Ban Meta. Le voyant d’enregistrement des lunettes connectées Ray-Ban Meta peut être désactivé par le porter afin de filmer discrètement.
Le scandale des vidéos intimes filmées par les Ray-Ban
Une enquête publiée en février a révélé que des travailleurs de Sama, un sous-traitant de Meta basé au Kenya, visionnent des vidéos captées par les lunettes connectées Ray-Ban dans le cadre de missions d'annotation de données pour l'IA de Meta. Plus de 30 employés ont été interrogés à divers niveaux de Sama. Certaines des personnes interrogées dans le cadre de l'enquête ont travaillé sur d'autres projets que les lunettes connectées de Meta.
Selon le rapport, les enregistrements envoyés au sous-traitant SAMA contenaient des éléments que la plupart des gens auraient probablement préféré garder privés, notamment des vidéos de personnes regardant du porno, utilisant les toilettes, ainsi que des informations bancaires et de carte de crédit. Les répondants ont déclaré avoir vu des images filmées montrant des personnes en train « d'avoir des relations sexuelles et d'utiliser les toilettes ».
« Nous voyons tout, des salons aux corps nus. Il y a aussi des scènes sexuelles filmées avec des lunettes intelligentes, quelqu'un les porte pendant qu'il a des relations sexuelles », aurait confié l'un des employés de Sama. « Dans certaines vidéos, on peut voir quelqu'un aller aux toilettes ou se déshabiller. Je ne pense pas qu'ils en soient conscients, car s'ils le savaient, ils ne filmeraient pas ». Mais les problèmes de confidentialités ne s'arrêtent pas là.
« J'ai vu une vidéo dans laquelle un homme pose ses lunettes sur la table de chevet et quitte la pièce. Peu après, sa femme entre et se change », a déclaré un travailleur anonyme de Sama. Un autre employé anonyme a déclaré avoir vu les partenaires des utilisateurs des lunettes Ray-Ban sortir nus des toilettes.
Un travailleur a ajouté qu'il se sentait obligé de regarder et d'annoter, sous peine de perdre son emploi. « Vous comprenez que vous regardez la vie privée de quelqu'un, mais en même temps, on attend simplement de vous que vous fassiez votre travail. Vous n'êtes pas censé poser de questions. Si vous commencez à poser des questions, vous êtes viré ». Les données annotées sont utilisées par Meta pour former ses grands modèles de langage (IA).
Une infrastructure discrète pour la surveillance de masse
Meta a vendu plus de 7 millions d'unités de ses lunettes connectées Ray-Ban rien que l'année dernière. Ce qui signifie que plus 7 millions de dispositifs discrets capables de capter images et sons circulent désormais dans la nature, avec les risques évidents que cela pose pour la vie privée. Aucune loi fédérale sur la reconnaissance faciale n'est actuellement en vigueur et les garde-fous de Meta n'empêchent pas les potentiels abus de son gadget.
Les préoccupations soulevées par l’EFF s’inscrivent dans une controverse déjà bien documentée concernant les pratiques de Meta en matière de données. Face à cette accumulation de critiques, Meta a choisi la voie du silence. Il n'a ni reconnu les inquiétudes soulevées ni tenté d'y répondre de façon significative.
La politique de confidentialité de Meta pour les appareils portables stipule que les photos et vidéos prises avec ses lunettes Ray-Ban sont envoyées à Meta « lorsque vous activez le traitement cloud, interagissez avec le service Meta AI sur vos lunettes ou téléchargez vos médias vers certains services fournis par Meta (comme Facebook). Vous pouvez modifier vos choix concernant le traitement cloud de vos médias à tout moment dans les paramètres ».
Certes, Meta se couvre légalement via ses conditions d'utilisation. Mais le problème dépasse ce cadre : une partie de ces vidéos envoyées aux examinateurs humains (les employés du sous-traitant Sama) auraient été enregistrées accidentellement, ce qui signifie que même un utilisateur ayant lu attentivement les conditions générales d'utilisation n'aurait pas pu éviter que ses moments les plus intimes tombent sous les yeux d'un inconnu.
Source : le projet de loi 2603
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L'adoption de cette loi permettra-t-elle de réduire l'utilisation abusive des lunettes connectées ?Voir aussi
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